Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/717

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l’exclusion de tous les autres, et c’est ici justement qu’on se retrouve en face de tout ce qui caractérise notre situation, de ce qui est le danger le plus réel et le plus sensible du moment présent.

Ce qu’il y a en effet de curieux et même de saisissant aujourd’hui dans la situation telle qu’elle apparaît à l’ouverture des chambres, c’est que de toutes les difficultés accumulées qui ont fini par créer une sorte d’état maladif ou de crise latente, pas une ne vient réellement des adversaires de la république, du gouvernement. Pas une n’était inévitable et ne tient à ces obstacles que trouve presque nécessairement devant lui tout régime qui se fonde, à des résistances passionnées, ardentes, comme celles que rencontrait jusque dans la rue la monarchie de juillet au temps de Casimir Perier et du premier ministère de M. Thiers. S’il y a eu jamais au contraire une situation simple, relativement facile et se prêtant à une politique de désarmement intérieur, c’est celle qui a existé depuis un an, depuis la défaite définitive et irréparable de la dernière tentative de réaction. La république, consacrée par tous les scrutins, n’était plus contestée, les adversaires du régime nouveau étaient notoirement impuissans. Tout était possible et aisé avec une constitution qui suffit à la marche régulière des affaires, avec des pouvoirs unis, résolus à se respecter mutuellement, avec un pays qui ne demande qu’à vivre dans le travail et dans la paix. Que s’est-il donc passé qui ait pu altérer cette situation et produire ce qu’on pourrait appeler une diminution de sécurité et de confiance ? Est-ce que les adversaires de la république ont retrouvé assez de force pour redevenir menaçans ? Ils n’en ont pas beaucoup plus qu’ils n’en avaient il y a un an, et on n’en est pas apparemment à voir un péril bien grave dans un festin légitimiste présidé par M. Baudry d’Asson, animé par quelques toasts de circonstance, ou dans la visite que le prince Napoléon aurait rendue à l’impératrice, passant à Paris pour aller recevoir le dernier soupir de sa mère en Espagne. Les adversaires des institutions nouvelles, les légitimistes et les impérialistes, n’auraient, à des degrés divers, que les chances qu’on pourrait leur rendre par une politique d’aventure, et les agitations intempestives auxquelles ils se livreraient, les espérances contradictoires qu’ils laisseraient éclater, serviraient peut-être la république au lieu d’être un danger pour elle. Ce qu’ils pourraient faire n’est pas bien inquiétant, ils n’ont pas même pour le moment le pouvoir de créer par leur propre force des embarras sérieux. La vérité est que toutes les difficultés qui ont surgi, qui pèsent sur la situation, ce sont le plus souvent certains républicains qui les créent, comme si dans leur victoire ils voulaient encore justifier le mot que M. Royer-Collard prononçait il y a un demi-siècle, que M. Thiers a renouvelé depuis en le variant : « La république a contre elle les républicains d’autrefois et les républicains d’aujourd’hui. »