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REB HERSCHEL

SCÈNES DE LA VIE DES JUIFS POLONAIS

Le village dessine un cercle irrégulier autour d’une église construite en bois et recouverte de bardeaux jusqu’à terre. Le cimetière qui forme une ceinture à cette église n’est séparé de la grande route par aucune clôture ; on n’y voit en guise de monumens funèbres que quelques croix grossièrement taillées. En face de l’église s’élève la kretsrhma, l’auberge, grand bâtiment à un seul étage, aux murs enduits de glaise et au toit de chaume. Ici demeure le rcndar, un juif chargé par le seigneur de vendre son eau-de-vie ; les paysans paient d’ordinaire ce liquide en nature, tandis que le cabaretier est obligé de donner régulièrement une somme fixe pour son loyer. Tout au bout du village, près de l’habitation du seigneur, se trouve la distillerie d’où sortent pour les petits tant de désastres, et pour le gentilhomme qui l’exploite une source abondante de revenus. Quelques groupes de paysans sont répandus sur la place, debout ou à demi couchés ; des enfans mal vêtus se roulent sur le gazon poudreux, pêle-mêle avec les chiens et les porcs, tandis que les filles et les garçons frappent en dansant la terre de leurs pieds nus, sans aucun accompagnement de musique.

Dans l’auberge règne une animation bien faite pour réjouir le cœur de l’aubergiste. La vaste salle pauvre et nue avec son plafond enfumé, son énorme poêle peint en vert, ses longues tables et ses longs bancs, est remplie de paysans qui, serrés les uns contre les autres, leurs bonnets de fourrure sur la tête, malgré la chaleur excessive de cette saison et les boissons excitantes dont ils s’abreuvent, sont attablés devant des gobelets de fer-blanc, assidûment