Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/240

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que ce ne soit le contraire, à moins qu’on ne se borne à passer encore une fois des difficultés anciennes à des difficultés nouvelles. Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que l’Espagne particulièrement reste avec sa crise qui, à la vérité, était facile à prévoir. Elle se préparait depuis quelque temps, elle n’a été suspendue à l’ouverture des chambres que par cette trêve de quelques jours dont le mariage du roi a été l’heureuse occasion. Dès que le mariage a été accompli, dès qu’on en a eu fini avec les fêtes royales et populaires de Madrid, la crise a éclaté, non dans le parlement d’abord, mais dans l’intérieur même du cabinet. Elle s’est manifestée par un dissentiment très vif entre le président du conseil, le général Martinez Campos, et quelques-uns de ses collègues qui avaient appartenu au précédent ministère, M. Orovio, M. de Toreno.

La cause ou le prétexte du dissentiment a été la question des réformes de Cuba, réformes sociales et économiques, qui n’ont pas seulement pour objet l’abolition de l’esclavage, qui impliquent en même temps une révision plus ou moins complète des tarifs, des relations commerciales entre la métropole et la colonie. C’est déjà pour cette question fort compliquée et fort délicate que M. Canovas del Castillo, au mois de mars dernier, jugeait prudent de quitter le pouvoir, laissant la présidence du conseil au général Martinez Campos, qui arrivait de la Havane plein d’ardeur, avec un programme complet. Le général Martinez Campos, il faut lui rendre cette justice, n’a point hésité un instant à se prononcer pour les solutions les plus nettes, pour l’abolition immédiate de l’esclavage aussi bien que pour la révision la plus libérale des tarifs. Il se croyait d’ailleurs engagé comme ancien gouverneur de Cuba, comme signataire des conventions qui avaient mis fin à la guerre civile. C’est pour réaliser ses promesses qu’il prenait la présidence du conseil. Le programme avec lequel il arrivait au pouvoir n’était malheureusement pas d’une exécution facile. Le principe des réformes n’était point sans doute contesté ; les combinaisons proposées par le chef du nouveau cabinet ont été au contraire très combattues : elles n’ont pas tardé à rencontrer une vive résistance dans certaines provinces industrielles de l’Espagne, dans les commissions qui ont été nommées, dans les dispositions connues de la majorité des chambres et même parmi quelques-uns des ministres. Tant qu’on en était encore à l’étude préliminaire des projets, les dissidences ont pu rester à demi voilées. Le jour où le parlement s’est réuni, lorsqu’au lendemain du mariage du roi, il a fallu arriver à des résolutions décisives, le conflit a éclaté presque violemment dans le conseil. Le général Martinez Campos s’est retiré avec éclat, et M. Canovas del Castillo a été rappelé à la présidence du conseil. Il est revenu au pouvoir, non avec l’intention d’abandonner les réformes de Cuba, dont tout le monde reconnaît la nécessité, mais avec la pensée de les tempérer, de réaliser une émancipation