Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/315

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revendication juridique et à plus forte raison la revendication violente ne sont nullement impliquées dans le devoir de réparation incombant à l’état.

La réparation générale, qui est un devoir de tous, est aussi un devoir envers tous, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas se borner à une classe de la société, mais s’exercer au profit de toutes les classes. Toutes en effet ont leurs injustices à réparer, et toutes aussi ont subi des injustices dont elles peuvent demander réparation, car plus d’une fois les opprimés ont été oppresseurs à leur tour. Il n’en faut pas conclure à une sorte de compensation du tort des uns par le tort des autres, car on ne compense pas un tort par un tort ; de plus, la compensation n’existe qu’en apparence, car il y a évidemment des classes qui ont été opprimées pendant une longue suite de siècles, tandis que les autres ont eu à subir seulement des oppressions passagères ; chez les premières, la souffrance est une habitude, chez les secondes elle n’est qu’un accident. Quand la réparation s’exerce au profit de tous, par exemple par les fonctions d’instruction générale et d’assistance publique, il y a en fait des classes qui en profitent plus que les autres, mais ce sont précisément celles-là mêmes qui ont eu le plus à souffrir : ce n’est encore là que justice.

Quels sont les moyens pratiques d^exercer la justice réparative et la bienfaisance publique, les dangers à éviter, les précautions à prendre pour ne pas sacrifier l’avenir au présent ? — Questions difficiles, dont nous essaierons l’examen dans des études ultérieures. Nous n’avons voulu aujourd’hui que poser le principe sans aborder le détail des applications. Contentons-nous de dire que le grand moyen et le plus sûr pour accomplir la tâche de réparation, c’est l’instruction universelle. Au point de vue de la justice réparative comme de toutes les autres formes de justice, l’instruction nous apparaît comme devant être d’abord obligatoire, puis gratuite. Si la volonté est le fondement moral du droit et du contrat social, d’autre part il n’y a point de volonté sans intelligence : l’intelligence seule peut faire passer le droit de son état d’abstraction à la réalité concrète, en ajoutant au droit idéal le pouvoir réel de l’exercer. C’est donc un droit strict de tous sur tous que celui d’exiger des associés, au moment de la majorité, une connaissance suffisante des conditions essentielles de l’association, et en même temps c’est un devoir strict de tous envers tous que de contribuer à fournir cette instruction, en même temps préservatrice et réparatrice, sans laquelle on n’a plus des associés, mais des esclaves ou des despotes. Dans tout acte politique, chacun décide pour sa part du sort de la nation entière : a-t-il le droit d’en décider en aveugle et en pleine ignorance de cause ? Dans les pays de suffrage, un bulletin de vote peut être un arrêt de mort pour des milliers d’hommes : il contient