Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/366

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la négligence et le désordre de la tenue : telle hystérique dont le bonnet est orné de rubans sortira les pieds nus dans la cour. Les idées baroques ne font pas défaut, non plus que des antipathies ou des sympathies également absurdes. Les hystériques ne désirent qu’une chose, c’est qu’on s’occupe d’elles, qu’on s’intéresse à leurs petites passions, qu’on prenne part à leurs affections ou à leurs colères, qu’on admire leur intelligence ou leur parure. Elles racontent des histoires invraisemblables, mentent effrontément, et quand on les convainc de mensonge, n’en sont pas froissées le moins du monde. Dépourvues de tout sens moral, elles n’obéissent que parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement. Aucun sentiment de pudeur ou de fausse honte ne les arrête : elles racontent leurs aventures au premier venu, pourvu qu’il leur ait plu dès l’abord, et causent avec les hommes comme si elles étaient du même sexe. Rien n’embarrasse ces Diogènes femelles : elles ont réponse à tout, posent les questions les plus indiscrètes, disent crûment la vérité à tout un chacun. L’amour-propre ne leur manque pas cependant, et si on semble ne pas s’occuper d’elles, elles s’en indignent. Au reste elles ne gardent jamais longtemps la même opinion, et passent d’un sentiment à un autre avec une rapidité merveilleuse. Nulle idée, nul raisonnement ne peuvent les captiver ou les persuader. Leur esprit voltige de place en place sans pouvoir se poser, et il est aussi difficile de fixer l’attention d’une hystérique sur une idée précise que de déterminer par des raisonnemens un oiseau qui sautille à cesser de remuer et à se fixer sur une branche.

Le bon sens fait absolument défaut, de sorte que ces malheureuses créatures, livrées à elles-mêmes, commettent toutes les sottises imaginables. Il faut en être bien persuadé pour pouvoir s’expliquer leur incarcération dans un asile d’aliénés ; car lorsqu’on les interroge, lorsqu’on cause avec elles, on ne trouve pas cette perversion totale de l’intelligence qu’on constate si facilement chez la plupart des aliénées. Il faut les voir à l’œuvre, c’est-à-dire jetées au milieu dû monde extérieur, fécond en excitations de toutes sortes, afin de comprendre à quelles extravagances, pour ne pas dire plus, elles peuvent s’abandonner, dès qu’aucun frein ne les retient. Quelquefois, quoique assez rarement, elles commettent des crimes. Le plus souvent elles forgent toute une série de fables pour tromper la justice. Celle-ci se lacère avec des ciseaux et prétend qu’on lui a fait ces blessures ; cette autre simule la grossesse pour se faire épouser par une personne qu’elle connaît à peine ; cette autre encore a la manie du vol, et chaque fois qu’elle se trouve dans un magasin dérobe tout ce qui est à sa portée, accusant le premier individu venu d’avoir commis ce délit.

D’ailleurs, pour faire bien comprendre la nature des désordres