Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/472

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Fossé n’en peut trouver que la moitié d’un « qui, étant très excellent, » ne sert qu’à. lui faire regretter de n’en pouvoir trouver un tout entier. Il s’enquiert, il interroge et il n’oublie pas de noter que « la raison est que le pays faisant grand trafic de ces fruits, les envoie partout et principalement à Paris, avant même qu’ils soient mûrs, parce qu’ils mûrissent dans le voyage, quoiqu’ils soient sans comparaison meilleurs, ayant mûri sur les lieux. » Au moins il connaît le pourquoi de sa mésaventure. Une autre fois il passe à Lille : « Ils ont la coutume, en ce pays-là, de dresser de gros chiens au harnais, comme des chevaux. Et l’on est d’abord surpris de voir ces bêtes, qu’on regarde ordinairement comme incapables du joug, traîner de petits chariots avec une charge considérable : ce qui est d’un grand profit pour la ville, parce qu’ils ne coûtent rien à nourrir, mangeant les tripes de la boucherie. » Il aime, comme vous voyez, le renseignement exact et complet. Aussi n’a-t-il garde de dédaigner la statistique. En traversant Bruxelles, il visite la cathédrale et ne manque pas à s’informer du nombre des paroissiens. « Il y avait vingt-deux mille communians dans cette seule paroisse, et vingt-huit mille dans une autre, sans parler de cinq autres paroisses qui sont encore dans Bruxelles, quoique plus petites, ce qui peut faire juger de la grandeur de la ville. » Ajoutez que, quand il le faut, il sait fort bien tracer, à la marge de son journal, un petit croquis habilement enlevé. Voici par exemple un crayon des béguines de Bruxelles : « Elles sont coiffées comme des religieuses. Et quand elles sortent dans la ville, elles ont un manteau noir plissé comme les aubes des maisons religieuses, et sur leur tête un petit chapeau fait comme un couvertoir à lessive, qui est noir, et de crin, et qui tient sur le haut de leur tête, comme un petit parasol. » Je souligne les comparaisons : du Fossé n’y manque jamais. L’église du béguinage, à Bruxelles, lui paraît aussi belle que « l’église du Val-de-Grâce ; » à Malines, il note que la tour de l’église enferme de très grosses cloches, une entre autres « aussi forte que la plus grosse de Notre-Dame de Paris. » C’est qu’il ne veut rien laisser d’indécis dans l’esprit de son lecteur. A Tournay, la beauté de la cathédrale le frappe ; il cherche aussitôt dans la disposition de l’édifice et dans les proportions des parties la raison de son admiration. Il mesure les deux ailes, à côté du chœur. Et il constate qu’elles ont de longueur, non point « quatre-vingts pas, M mais quatre-vingts de ses pas. » Avec cela toujours sincère et, visitant une fonderie de canons, s’il décrit les opérations qu’il a vues, s’arrêtant tout à coup : « La machine qui sert à polir les canons par dedans est aussi très curieuse ; mais je ne m’en souviens point assez pour la décrire en ce lieu. »

On ne s’étonnera pas que, dans le récit d’un voyage de Flandre et sous la plume d’un écrivain de Port-Royal, l’énumération des églises et leur description tiennent une large place. Pour les sculptures et les tableaux, du Fossé sans doute les regarde et les admire, mais en bloc plutôt