Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/482

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et ce qui manque encore, c’est l’exécution conduite de haut, coordonnée, prévoyante, de telle sorte qu’après des années on peut craindre sérieusement que les résultats acquis ne soient proportionnés ni au chiffre presque colossal du budget, ni à la confiance toujours prodiguée par le parlement, ni à l’attente du pays.

Voilà certes des objets dignes de fixer l’attention de M. le ministre de la guerre, du gouvernement tout entier, et c’est un peu plus important que de soulever à tout propos des questions oiseuses ou agitatrices, de poursuivre quelques fonctionnaires, de faire la guerre à quelques religieux ou de laisser des conseils municipaux, des bureaux de bienfaisance, élever l’arrogante et baroque prétention de confisquer les droits de la charité privée. Le ministère cherche partout un programme, il a là dans les intérêts les plus divers comme dans les vœux les plus manifestes du pays, les élémens du meilleur des programmes, celui de la paix, de la liberté et du travail.

Au milieu des incertitudes du temps, dans le renouvellement confus des choses, la mort fait son œuvre, et l’année n’a pas commencé sans voir encore s’éclipser un de ces hommes qui restent jusqu’au bout comme une tradition vivante, qui ont été l’honneur d’une génération plus qu’à demi disparue. Elle s’en va chaque jour cette génération qui a été la force et l’éclat de la France en 1830. Elle s’en est allée toutes ces dernières années avec M. Guizot, avec M. de Rémusat, avec le plus populaire de tous, M. Thiers. Elle s’en allait hier encore avec M. le comte de Montalivet, qui vient de s’éteindre à son tour simplement, dignement, après avoir été pendant cinquante ans un de ces serviteurs publics qui ne se séparent jamais du pays, pas plus dans les crises douloureuses ou difficiles que dans les heures d’essor confiant et de prospérité. Il est mort sans faste, presque sans bruit, loin de Paris, dans sa terre de Lagrange, dans ce pays du Cher qu’il aimait et où il était aimé.

Depuis longtemps il n’était plus qu’un conseiller désintéressé et indépendant retiré de l’action, de la mêlée des partis ; mais il a eu son jour, son rôle, son originalité d’homme public, même parmi des politiques dont le passage sur la scène a paru plus éclatant. Né à l’aube du siècle, en 1801, fils d’un des administrateurs les plus expérimentés et les plus habiles du premier empire, sorti de l’École polytechnique avec les Montebello, les La Redorte, les Chabaud-Latour, élevé avec la jeunesse libérale de la restauration, pair de France par hérédité dès son adolescence, le comte Camille de Montalivet avait eu un privilège rare : il avait eu la fortune d’entrer jeune aux affaires, d’être associé du premier coup aux plus grands événemens, à la révolution de 1830, et de s’être trouvé aussitôt, par l’intelligence, par le caractère, à la hauteur du rôle que les circonstances lui faisaient. Avant trente ans, il était