Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/644

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jusqu’à présent causé aucun préjudice à l’agriculture, c’est que le prix de la viande n’a pas plus baissé en Angleterre qu’en France ; d’où l’on peut conclure que la consommation s’accroît plus vite encore que les moyens de la satisfaire.

Pour en revenir à notre pays, si réellement les frais de production, indiqués dans l’enquête, présentent les écarts signalés ci-dessus, on ne s’explique pas que nos agriculteurs ne demandent qu’un droit de 40 francs par tête de bœuf ; c’est un droit de 200 francs qu’ils auraient dû réclamer. Mais, dans cette circonstance comme dans bien d’autres, ils lancent un chiffre au hasard et raisonnent comme s’il était exact. Sur quoi en effet s’appuient-ils pour affirmer que la paire de bœufs américains pourra être livrée sur le marché français à 700 francs, quand celle produite en Fiance en coûte 1,300 francs ? Ils n’ont à ce sujet aucune donnée, et s’il n’est pas impossible que des bœufs élevés en liberté dans les prairies, puissent revenir à ce prix-là, à coup sûr, il n’en est pas de même des bœufs gras comparables à nos animaux de boucherie. Combien d’ailleurs pourraient-ils en fournir dans ces conditions en présence des besoins toujours croissans à satisfaire ? Les Américains ont, il est vrai, fait de grands progrès dans l’élevage du bétail en introduisant chez eux la race durham. Imitons-les, nous augmenterons par là la précocité, nous réduirons le prix de revient de nos animaux et nous n’aurons à redouter aucune concurrence.

Pour ce qui est de la viande de porc, l’Amérique en produit en très grande quantité. Il a été importé en Angleterre en 1878 55,911 porcs vivans, dont 16,665 de provenance américaine et 232 millions de kilogrammes de viande fraîche ou salée, dont les a/5 de provenance américaine. En France, les importations ont également été considérables, cependant le prix de la viande de bonne qualité n’a pas sensiblement baissé et le nombre des porcs élevés n’a pas diminué ; mais un plus grand nombre de consommateurs ont trouvé à s’alimenter.

L’industrie de la laine est, après celle du blé et celle de la vigne, la plus importante pour notre pays, car elle dépasse 1,200 millions de francs. La France, qui produisait en 1866 environ 60 millions de kilogrammes de laine brute, d’une valeur de 210 millions de francs, n’en produit guère aujourd’hui que 50 millions de kilos, valant 175 millions. Cette quantité étant absolument insuffisante pour sa consommation, elle est obligée de demander le surplus à l’étranger ; en 1859, elle a importé pour 126 millions de laine et exporté pour 3 millions ; en 1876, elle en a importé pour 277 millions et exporté pour 27 millions. Quant aux tissus, les importations, qui, en 1859, étaient de 2,500,000 francs, se sont élevées à 79 millions en 1876 ; les exportations ont, pendant la même période, passé de