Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/651

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d’une façon autrement efficace, ne serait-ce que par le dégrèvement de certains impôts ou par l’amélioration des voies de transport !

Nous ne saurions trop le répéter, les agriculteurs ont le droit de demander à ne pas être sacrifiés aux industriels, et comme ils ne peuvent obtenir l’égalité dans la protection, c’est l’égalité dans la liberté qu’ils doivent réclamer pour ne pas jouer le rôle de dupes. C’est l’agriculture surtout qui fait la richesse de la France et la population des campagnes qui en fait la force ; pourquoi donc est-elle toujours reléguée au second plan et ne tient-on aucun compte de ses doléances ? Il faut qu’elle comprenne enfin la situation qui lui est faite et qu’elle connaisse ses intérêts pour pouvoir les défendre. Il faut qu’elle sache que, si l’industrie obtient pour ses produits une majoration de droits de 10 pour 100, elle grèvera de plus de 100 millions la population agricole, en lui faisant perdre une partie de ses débouchés extérieurs, en l’obligeant ainsi à vendre moins cher ses propres produits, et à acheter plus cher ceux de l’industrie.

M. Alexandre Adam, maire de Boulogne-sur-Mer [1], fait remarquer avec raison qu’il est temps de faire justice de cette prétention d’être les seuls défenseurs du travail national, de la part d’industriels qui ont réalisé d’immenses fortunes, et qui voudraient encore conserver un système qui les mettait à l’abri de la concurrence étrangère. Il ne faut pas que les agriculteurs se laissent égarer et que, sous l’influence d’une crise momentanée, ils prêtent les mains au rétablissement d’un régime qui ne peut que leur être funeste. Si l’industrie est impuissante à soutenir la concurrence étrangère, qu’elle abandonne la lutte et qu’elle rende aux campagnes les bras qu’elle leur a enlevés ; mais rien ne l’autorise à frapper à son profit, à la fois comme producteurs et comme consommateurs, les 19 millions de citoyens qui forment la population rurale et qui sont la force vive du pays.

Le droit commun, c’est-à-dire la liberté pour tous, tel doit être le mot de ralliement de tous les agriculteurs et de tous ceux qui ont quelque souci de la prospérité nationale.

Si la législation commerciale est étrangère à la crise que l’agriculture subit aujourd’hui, ce n’est pas dans un relèvement de tarifs qu’on en trouvera le remède. On ne peut pas davantage empêcher le retour des mauvaises récoltes ni se soustraire aux conséquences des intempéries. C’est là une de ces nécessités inéluctables qu’il faut accepter et contre lesquelles il n’y a que des palliatifs. Le principal consiste à perfectionner ses méthodes pour être le moins possible exposé à souffrir de ces accidens. Varier ses cultures, donner aux plantes par des engrais et des façons une végétation plus vigoureuse,

  1. Enquête sur la situation de l’agriculture.