Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/667

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députés d’oublier leurs divisions et de s’unir à lui dans un commun effort pour le salut de la patrie. « Rien, disait-il, ne m’a pénétré si avant dans le cœur que les oppressions et les misères de mes pauvres sujets, la compassion desquels m’a souvent ému à prier Dieu de me faire la grâce de les délivrer de leurs maux ou de terminer, en cette fleur de mon âge, mon règne et ma vie, avec la réputation qui convient à un prince descendu, par une longue succession, de tant de rois magnanimes, plutôt que de me laisser envieillir au milieu des calamités démon peuple, sans y remédier, et que mon règne fût en la mémoire de la postérité marqué comme un exemple de règne malheureux. Je vous prie et conjure, par la foi et loyauté que vous me devez, par l’affection que vous me portez, par l’amour et la charité que vous avez envers votre patrie, au nom de votre salut, de celui de vos femmes, de vos enfans, de votre postérité, laissant toutes les passions arrière, veuillez tous, en cette assemblée, de cœur et de volonté unis, mettre avec moi la main à l’œuvre et m’aider à rétablir le royaume dans sa bonne santé et vigueur ancienne. » A cet appel, l’assemblée répondit par d’unanimes protestations de fidélité et de dévoûment ; ce fut le plus beau moment de ce triste règne : l’éloquence du monarque l’avait un instant transfiguré aux regards de ses sujets.

C’est peu de jours après l’assassinat du duc de Guise et l’enlèvement de cinq députés, saisis par un coup de force en pleine séance, qu’Etienne Bernard porta la parole, devant le roi, au nom du tiers-ordre. La terreur avait dissous les états. Impatiens de fuir ces lieux funestes, tremblant pour leur pays et pour eux-mêmes, les députés se réunirent une dernière fois sous l’impression de ces lugubres scènes et de ce tragique dénoûment : chacun des trois ordres remit à son tour le cahier de ses doléances. Dans la consternation universelle, l’orateur du tiers se signala par la dignité de son attitude. Tout en gardant le silence sur les événemens récens, il fit entendre à la conscience du prince des vérités pénibles : son discours mesuré, mais net et franc d’expression, releva les courages abattus et sauva l’honneur des derniers instans de l’assemblée. « Non, sire, dit-il, nous ne sommes pas des factieux, ni des rebelles ; nous publions haut et clair notre attachement à votre pouvoir, mais nos remontrances, pour être profitables au public et à votre service, ne doivent pas être fardées ou déguisées de quelque langage affecté. Vos sujets veulent et entendent les faire simples, libres et justes, sachant que les anciens avaient accoutumé de peindre la vérité toute nue, pour montrer qu’elle vouloit être ouïe, vue et connue à découvert, sans voile, fard, ni ornement quelconque. Cela est surtout à propos, quand on s’adresse à un roi, quand c’est