Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/839

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médiocre surprise, presque tous portaient la marque du diable. » (Grégoire de Toulouse).

En Savoie, à peu près à la même époque (1574), on brûla beaucoup de sorciers. Lambert Daneau [1], qui nous raconte brièvement leur histoire, nous dit qu’en un an on brûla plus de quatre-vingts sorciers dans la seule ville de Valéry. Il ne nous dit pas combien on en fit périr pendant ce temps dans les autres villes ; mais on peut supposer qu’il en fut exécuté un grand nombre. « En Savoie, on les appelle Eryges, du mot Erinnis, comme je crois, qui signifie diablerie, furie infernale et envie de tuer quelqu’un ; combien que quelques-uns aiment mieux les appeler Iriges, du mot grec lynx, qui signifie certaines espèces d’oiseaux hideux et effroyables, qui vont seulement de nuit, comme font ces sorciers quand ils vont en leur synagogue. »En général, ces sorciers étaient de pauvres pâtres : « si épais qu’on ne les peut dénicher quoiqu’il s’en fasse une diligente perquisition, et une plus rigoureuse justice. » D’ailleurs ils ne se recrutaient pas seulement parmi les gens du peuple, mais encore « parmi les gentilshommes, damoiselles, gens savans et qui ont bruit d’avoir bien étudié. » Daneau ajoute que la sorcellerie est en Savoie un mal très ancien, et que depuis Irénée ce pays est fameux par ses sorciers. Nous avons assez insisté sur les procès, faits aux sorcières pour ne pas revenir sur ceux de Savoie. C’est toujours le même délire, la même confession de visions fantastiques, de diables noirs, blancs, verts, baillant des poudres magiques, avec la torture et le bûcher pour épilogue.

Les procès de sorcellerie en Lorraine (1580-1595) nous sont connus par le livre de Nicolas Rémi [2]. Nicolas, ainsi qu’on peut le voir par le seul titre de son livre, n’est pas doux pour les sorcières. Comme tous ses contemporains, il est d’une crédulité admirable. Il croit au diable, et il a de bonnes raisons pour y croire ; car pendant sa jeunesse, comme il passait sa nuit à jouer avec ses camarades à Toulouse, un démon s’amusait à leur jeter des pierres aux jambes,

  1. Deux Traités nouveaux, très utiles pour ce temps. Le premier touchant les sorciers, augmenté de deux procès extraits des greffes pour l’éclaircissement et confirmation. Le second contient une brève remontrance sur les jeux de cartes et de dés, chez Jacques Baumet, 1569.
  2. Nicolas Rémi, conseiller intime du sérénissime duc de Lorraine, Démonolâtrie d’après les jugemens, suivis de mort, d’environ neuf cents personnes qui, pendant l’espace de quinze ans en Lorraine, payèrent de leur vie leur crime de sortilège ; Cologne, chez Henry Falckenburg, 1596. (Bibl. nat. R. 2569). Dans le même volume on trouve un traité de Georges Pictor, docteur-médecin de la curie impériale à Ensisheim (Haute-Alsace) : des Démons qui se réunissent à certaines périodes lunaires et un Abrégé de magie cérémoniale (incomplet), chez Henry Pierre) Baie, 1562.