Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/865

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1730 devant la cour d’Aix. Le procès de la Cadière contre le père Girard, son confesseur, est la copie exacte des procès de Gaufridi, de Grandier et de Boullé. Une religieuse, Louise Cadière, hystérique et presque folle, accuse son confesseur, le père Girard, jésuite, de l’avoir séduite et ensorcelée [1]. Pour la séduction, elle n’est pas douteuse. Il suffit de lire les pièces du procès et les aveux même de Girard pour en demeurer convaincu. Mais, quant à la sorcellerie, on devine ce qu’il en faut penser. Comme Magdeleine de la Palud, comme Jeanne de Belciel, comme Magdeleine Bavent, Louise Cadière est une folle, démoniaque et hystéro-épileptique. Voici en effet ce que dit son défenseur, afin de prouver que Girard est réellement un sorcier : « On trouva la demoiselle Cadière dans des transports et des convulsions plus violentes que précédemment ; alors l’abbé Cadière (son frère) prit une étole et un rituel, et il commença les prières de l’exorcisme. Il commanda au démon de dire son nom. La demoiselle Cadière, qui avoit été jusque-là insensible, et comme morte, dit d’un ton extraordinaire : « Girard Jean-Baptiste ; » ce qu’elle répéta trois ou quatre fois. Messire Gandalbert, curé de la cathédrale de Toulon, dit que, pendant ses accidens, tous les membres du corps de cette fille étaient raides et inflexibles, son col enflé considérablement, et la peau tendue comme celle d’un tambour, et que, quand elle étoit revenue, elle disoit n’avoir aucune idée de ce qui étoit arrivé. Quand on prononça les exorcismes, elle fut furieusement attaquée. Messire Girard ayant mis l’étole sur son corps, elle la rejeta deux ou trois fois avec des paroles injurieuses et méprisantes ; elle fut dans un état encore plus violent que le premier, et se tourmentoit extraordinairement avec le visage contre l’oreiller. D’autres fois, on la voyoit, ses genoux rétrécis jusqu’au menton, ses membres roides ; elle resta trois jours dans cet état sans prendre d’alimens ; puis tout d’un coup elle se leva, parut guérie, et, s’étant recouchée, retomba dans les mêmes états jusqu’au lendemain. »

Ce qui nous paraît aujourd’hui si simple, ce qui s’explique si bien par l’hystérie de Louise Cadière, parut alors prodigieusement compliqué. On regarda comme certain qu’il y avait eu sortilège. Mais qui en était l’auteur ? Était-ce la fille ou le prêtre ? Au parquet de la cour d’Aix, sur cinq magistrats, deux voulaient faire brûler Girard ; les trois autres, la Cadière. On transigea, et on

  1. Les pièces du procès de la Cadière ont été imprimées en cinq volumes, avec une suite, sous ce titre : Recueil général des pièces contenues au procès de Jean-Baptiste Girard, jésuite, et de demoiselle Catherine Cadière querellante. Voyez aussi le Mémoire instructif pour demoiselle Cadière, in-f° ; Aix, 1731, et le Mémoire instructif pour le père Girard, in-f°) Paris, 1731.