Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/902

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aujourd’hui et que nous sommes loin de ces misères ! Les états mettent à la disposition des explorateurs, hommes de science en général, les meilleurs vaisseaux de leurs flottes, des hommes triés soigneusement entre les plus robustes et les plus expérimentés de leur marine ; rien ne leur manque : vêtemens qui défient la rigueur des plus basses températures, vivres admirablement conservés, bibliothèques, jeux de toutes sortes, jusqu’à des orgues de Barbarie, en un mot, tout ce qui peut entretenir l’esprit en haleine, et le corps dans un état parfait de santé.

La plus haute latitude à laquelle Henry Hudson atteignit fut celle de 80° 23’. Grâce à ses récits, les Anglais établirent dans les mers du Spitzberg des pêcheries qui, pendant deux siècles, enrichirent leurs possesseurs. Quant à Hudson, sa fin fut des plus tragiques. Son équipage révolté l’embarqua de force sur une chaloupe, avec son fils, — un enfant encore, — Woodhouse, un mathématicien qui faisait avec Hudson volontairement le voyage, le charpentier du bord, et cinq matelots, ne leur donnant qu’un fusil, quelques épées et une très petite quantité de provisions. On n’a plus entendu parler de ces infortunés, qui, sans doute, moururent de faim ou furent massacrés sur quelque côte inhospitalière.

Il nous semble inutile de relater ici les expéditions de Jones Pôles, de Marmaduke, qui atteignirent au 82e degré nord, comme aussi de parler de celles de Baffin, de Folkerby et du capitaine Wood. Rappelons seulement qu’en 1625 les Hollandais, sous la conduite de Cornelis Bosman, voulurent eux aussi forcer le passage du nord-est ; mais Bosman ne pénétra qu’à peine dans l’intérieur de la mer de Kara. Nous pourrions mentionner encore vers cette époque une expédition danoise dans ces mêmes eaux, mais elle aussi ne parvint qu’à l’île de Waigatz, d’où quelques pauvres Samoyèdes furent comme des merveilles curieuses à contempler, emmenés jusqu’en Danemark.

La tentative ne fut reprise qu’en 1778, par Cook, qui pénétra dans l’Océan-Glacial par le détroit de Behring, s’avança jusqu’au cap Nord, et revint sans autre résultat. Toutefois, pendant tout le XVIIe siècle et depuis, les mers, celles qui baignent de leurs flots à l’est et à l’ouest le Groenland, celles qui s’étendent de la baie de Badin jusqu’à la terre de Hall par le détroit de Smith, le bassin de Byam Martin, celui de Melville, le détroit de Mac-Clure, et bien d’autres contrées polaires, furent visités par de nombreux navigateurs, surtout par un nombre considérable de pêcheurs suédois, norvégiens, et par des baleiniers qui, vu leur audace, n’eussent pas manqué d’aller jusqu’au pôle nord, si l’immuable et éternelle barrière de glaces qui en défend les approches s’était accidentellement ouverte devant eux.