Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/904

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assuré que les eaux puissantes de ce fleuve, unies à celles de l’Obi, maintenaient libre de glace la mer de Kara. C’est cette importante observation qui, depuis longtemps constatée le décida à tenter, en 1878, le passage complet. L’Express et le Fraser, après avoir transporté leurs charbons dans les soutes de la Vega et de la Lena, reprirent le chemin de l’Europe. Le 10 août, l’expédition se remit en route et, pour naviguer, cette fois, dans une région qui lui était complètement inconnue. En passant derrière les îles qui se trouvent placées près de l’embouchure du Piässina, elle trouva le passage libre le long de la côte ; mais, dès le lendemain matin, en raison d’un épais brouillard, il fallut jeter l’ancre dans la baie d’une petite île placée près du cap Sterlegov, par 74° 51’ latitude nord. M. Nordenskjöld donna à cet îlot le nom d’un intrépide lieutenant de vaisseau russe, M. Minnin, lequel était arrivé là, en 1840, monté sur un tout petit bateau. Dans l’après-midi, le temps s’éclaircit, et la Vega et la Lena prirent à toute vapeur la direction de l’est. Dans la nuit, de grands blocs de glace flottante passèrent tout près d’elles, heureusement sans les heurter. Le 13 août, au moment où la Vega marchait prudemment en avant de la Lena, on aperçut une terre à l’avant, éloignée à peine de 50 mètres du vaisseau, et que le brouillard avait tenue masquée jusque-là. On se trouvait dans l’intérieur d’une presqu’île derrière laquelle il était facile de distinguer d’immenses monceaux de glace. On continua à marcher de l’avant, mais, après une heure de navigation, il fallut amarrer les vaisseaux à une banquise qui les remorqua complaisamment vers l’est. Cette excursion à la dérive dura vingt-quatre heures, après quoi, les bâtimens reprirent leur liberté de navigation et se dirigèrent dans le détroit qui se trouve placé entre le continent et l’île de Taïmour. Le 14 août, l’expédition s’arrêta dans une petite baie à laquelle les savans naturalistes du bord donnèrent le joli nom d’Actinia, qui est celui d’une anémone de mer facile à trouver dans ces hautes régions.

La chaloupe à vapeur fut mise à flot afin d’explorer le détroit de Taïmour ; il était libre de glace, mais il n’avait pas assez d’eau en certains endroits pour laisser passer la Vega. La glace rompit heureusement au nord, et les navires en profitèrent, dès le 18, pour continuer leur route. Le 19, au matin, lorsqu’on croyait que la mer deviendrait impraticable, on trouva heureusement, tout le long de la côte, un véritable canal, parfaitement navigable, au moyen duquel les bateaux atteignirent une petite baie située au nord, bien près du point extrême de notre monde, du terrible cap de Tcheliuskin. Lorsque la Vega avait quitté Gothembourg et Tromsoe, de nombreux amis avaient crié à nos voyageurs : « Vous n’arriverez jamais