Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/905

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au cap Tcheliuskin ! » Ils y étaient pourtant vingt jours après avoir quitté Jugor Shar, et. cela sans une avarie, sans un homme malade. Quand l’ancre du vaisseau déroula à grand bruit sa chaîne dans la petite baie solitaire, une salve d’artillerie éveilla les échos d’alentour. La joie de l’équipage était grande d’avoir si heureusement atteint la première et la plus difficile des étapes. Le lendemain, à la pointe extrême du cap, sur une plate langue de terre, au milieu d’un grand amoncellement de pierres, on planta un mât ; là fut déposée une boîte en fer-blanc contenant une relation du voyage et indiquant ce que l’exploration se proposait de faire par la suite. Disons, en passant, que la pointe du cap n’avait été visitée jusqu’à l’arrivée de la Vega que par un seul homme, Tcheliuskin, qui, en 1742, lui laissa son nom.

Dès le lendemain, 20 août, la Vega et la Lena reprenaient leur voyage, sans pouvoir se diriger directement vers l’est, comme le chef de l’expédition avait espéré pouvoir le faire, mais en suivant un canal naturel libre de glace, tout le long de la côte est de la péninsule de Taïmour. le deuxième jour, il commença à neiger, ce qui n’empêcha pas, avec un gréement couvert de givre, de naviguer à la voile et à la vapeur. Le 24 août, la baie de Khatanga fut atteinte. A son entrée se trouve l’îlot de Preobratchenie, qu’on ne manqua point d’explorer. Au nord, cette petite terre s’élève verticalement à une hauteur de 250 pieds ; le gibier à plumes s’y trouve en grande abondance, et les mess des états-majors et des équipages en furent garnis pendant quelques jours. Après avoir continué leur voyage dans une mer parfaitement ouverte, les navires atteignirent l’embouchure du fleuve Lena, le 27 août. Là, les deux vaisseaux se séparèrent l’un de l’autre ; conformément à ses instructions, la Lena reprenait la route d’Europe : la Vega restait seule pour affronter les périls et conquérir la gloire du voyage.

L’expédition eût bien désiré atteindre le sud des îles de la Nouvelle-Sibérie, les mauvais temps ou plutôt des brouillards épais s’y opposèrent. Le 30, elle laissait derrière elle Sviatoï-Noss ou le cap Sacré. C’est le nom d’un promontoire granitique qui s’élance de la mer à une hauteur de 46 mètres, et dont la base est presque toujours entourée d’énormes glaces. Son approche a été toujours des plus difficiles, et ni Lassénius, ni Laptieff n’avaient pu l’atteindre. Toujours favorisée par la mer, la Vega trouva, au pied du Sviatoï-Noss, et plus loin, le long de la côte, un canal libre, ce qui lui permit de naviguer pendant deux jours sans un seul temps d’arrêt. Le 8 septembre, elle s’approcha très près des îles des Ours, mais gênée par un immense banc de glace d’une épaisseur peu