Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 41.djvu/118

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XVIIIe siècle, ont exercé une influence prépondérante sur les progrès de l’esprit humain, ont été écrits en latin. Mais le latin est maintenant une langue morte dans toute l’étendue du terme, et les progrès de l’enseignement des langues vivantes achèvent, complètent cette transformation. On étudiera désormais le latin pour le comprendre et non pas pour le parler. » S’il était vrai de prétendre « qu’on apprend les langues vivantes pour les parler et les langues mortes pour les lire, » ce qui est le principe même du nouveau plan d’études, on était en droit de penser que les compositions latines n’y peuvent plus avoir la même importance qu’autrefois ; et comme il paraissait sûr que si on les conserve, même réduites et abaissées, par la force de l’habitude elles tendront à reprendre leur ancienne place, on en concluait qu’il fallait se résoudre à les supprimer entièrement.

Ces raisons n’ont pas autant de force qu’on pense, et il est assez aisé d’y répondre. Je reconnais qu’on prend beaucoup de peine et qu’on dépense beaucoup de temps pour enseigner aux élèves à écrire un assez médiocre latin ; mais il y a ici autre chose à considérer que le résultat. L’unique profit et le plus grand n’est pas dans ces quelques phrases suspectes qu’ils parviennent à aligner après six ou sept ans de travail ; il est dans les connaissances de toute sorte qu’ils acquièrent sur la route. Quand on songe à tout ce qu’ils apprennent de logique grammaticale dans ces efforts pour construire leurs phrases, et que c’est en vérité tout le mécanisme, ou plutôt toute la philosophie du langage qu’on leur enseigne sans qu’ils s’en doutent, on ne trouve pas qu’ils aient perdu leur temps. Il y a des études, et celle-ci est du nombre, où le chemin parcouru a plus d’importance que le but où l’on arrive. Dans ce cas, il n’est pas très raisonnable de se plaindre que le chemin soit trop long. L’autre argument n’est pas non plus sans réplique. On nous répète comme un axiome « qu’on apprend les langues vivantes pour les parler et les langues mortes pour les lire. » A merveille ! mais ne convient-il pas d’ajouter que pour les lire il faut d’abord les savoir ? Or, on s’accorde à reconnaître que le moyen le plus sûr de savoir à fond une langue, c’est de la parler. Celui qui se contente de traduire n’a pas toujours besoin, pour comprendre son auteur, de connaître le sens précis des mots. Très souvent la place qu’ils occupent dans la phrase les lui fait deviner. Au contraire, quand il soutient un entretien, il est bien forcé d’employer le mot propre, s’il veut se faire entendre, et l’effort qu’il fait pour le trouver le grave dans son esprit. Par malheur, nous n’avons pas cette ressource avec le latin, qui est une langue morte ; mais s’il n’est pas possible de le parler, nous pouvons au moins l’écrire, et les avantages sont à peu près semblables. Ainsi, le thème d’abord, puis,