Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 41.djvu/34

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si c’est possible, avec une canne, un parapluie ou un ami quelconque. Il s’ennuie beaucoup. Midi, il rentre chez lui pour travailler jusqu’à cinq heures, mais il éprouve de grandes distractions à cause de certaines voisines. Cinq heures, il dîne, se repromène, prend sa tasse de café et rentre à huit heures pour travailler jusqu’à une heure du matin… Cependant il m’est arrivé souvent, bien plus souvent, de travailler quinze heures sur vingt-quatre. A quoi ? à tout : à la littérature, à la philosophie, à la politique même, mais surtout à l’histoire. »

L’histoire, voilà dès l’année 1848 la vocation pour laquelle il se prépare à l’avance et forge déjà ses armes. Il est curieux de voir comment il la comprenait, à cet âge où, déjà un peu dégoûté des ouvrages de M. de Chateaubriand, qu’il avait beaucoup admiré pendant son enfance, il est encore sous le charme de la façon dont elle a été conçue et traitée par M. de Lamartine, qui restait pour le moment son auteur favori. Certes, il n’y a pas d’analogie, il y a plutôt d’assez sensibles différences entre l’idéal choyé par l’imagination du jeune homme et la méthode adoptée par l’homme fait quand il a plus tard mis lui-même la main à l’œuvre. Somme toute, aux débuts de sa vie comme pendant le cours de sa carrière littéraire, il n’a jamais fait bon marché du côté moral dans l’appréciation des événemens et des caractères. Il a toujours mis au premier rang, ainsi que l’a très bien dit un de ses biographes que nous avons déjà cité a les plus grands acteurs du drame, Dieu et la liberté humaine. » Sa pensée à ce sujet n’a jamais varié.


… Selon moi, c’est dans l’histoire surtout que se trouve la vraie philosophie, la philosophie réelle et pratique, et non celle qui se nourrit de rêves et de chimères, non celle qui momifie la créature de Dieu faite pour agir, qui la condamne à l’isolement pour lui faire dire, après une vie entière vouée au travail : x = x. Non, la vraie philosophie n’est pas cette philosophie mathématique et stérile. Où en seraient aujourd’hui les représentans de la nation française, si du x : cogito, ergo sum, principe de toute philosophie et partant de toute politique, il leur fallait déduire la constitution qu’ils se proposent de fonder ? Vingt pages d’histoire m’en apprennent plus sur la Providence et sur l’âme humaine que tous les traités présens, passés et futurs sur la psychologie et les attributs de Dieu. Et, en outre, que de connaissances utiles et pratiques l Pauvre philosophie, impuissante à démontrer Dieu et à démontrer l’âme ! Ah ! que nous importe le reste, si nous croyons à cela ! que nous importent l’origine et la formation des idées, que nous importent les divisions et les subdivisions de nos facultés et les mille méthodes du raisonnement ? La morale n’est-elle pas tout entière dans ces deux mots : Dieu et l’âme ! Retiens bien ceci. Il n’y a plus de véritable