Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/482

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Beaconsfield. De là le mouvement de résistance et d’inflépendance qui s’est déclaré parmi les Boers et dont le chef militaire, par un feu bizarre des choses, est un Français, M. Joubert, descendant d’un de ces huguenots transportés au Cap à la suite de la révocation de l’édit de Nantes. L’Angleterre, depuis quelque temps^ n’est pas heureuse dans ses campagnes de l’Afrique australe. Elle n’a pas été heureuse même avec des peuplades sauvages comme les Zoulous et les Bassutos ; elle l’est encore moins dans ses affaires avec les Boers du Transvaal. Le général sir George Colley avait déjà essuyé un premier échec ; il a voulu sans doute prendre sa revanche et avec sept ou huit cents hommes il a escaladé pendant la nuit des hauteurs désignées sous le nom de Spitzkop, d’où il croyait dominer le camp des Boers établis à courte distance. C’est lui au contraire qui, une fois sur ces positions en apparence inexpugnables, a eu à subir un assaut conduit avec autant d’habileté que de vigueur et a été mis en déroute. Il a laissé sur le terrain la moitié de son monde et il a lui-même perdu la vie. Avait-il mal combiné son opération ? avait-il négligé de la concerter avec le général Evelyn Wood, dont il n’était pas éloigné et qui n’a pu le secourir ? La défaite n’est pas moins réelle, dure pour l’orgueil britannique, et elle a aussitôt excité une profonde émotion à Londres, où le premier mouvement a été d’expédier des forces nouvelles avec le général Roberts, qui s’est signalé dans l’Inde, qui vient d’être créé baronnet.

Cette affaire de Spitzkop, à part ce qu’elle a de malheureux, a été d’autant plus inopportune que, par le fait, des négociations étaient déjà engagées et qu’au fond M. Gladstone n’a jamais été partisan de cette annexion du Transvaal, d’où naissent aujourd’hui de telles complications. Même après ce qui vient d’arriver, tout en mettant les représentans de la reine en mesure de maintenir l’honneur des armes anglaises, le chef du cabinet ne paraît pas avoir renoncé à l’idée d’une transaction qui laisserait nécessairement aux Boers une large mesure d’indépendance. Il a remis au général Roberts un projet de traité de paix. Une trêve existe aujourd’hui. Assurément, si l’Angleterre tenait avant tout à venger son orgueil militaire et à réduire les Boers, elle le pourrait, elle en a les moyens, personne n’en doute. N’est-elle pas une assez grande nation pour mettre sa fierté au-dessus de telles vengeances ou de telles satisfactions d’amour-propre ? N’est-elle pas plutôt intéressée à ménager ces braves gens et à faire, même après le combat de Spitzkop, les concessions qu’elle paraissait disposée à ne pas refuser avant cet iucident de guerre ? C’est d’autant plus possible que ce sont les Boers eux-mêmes qui, le lendemain de leur succès, sont allés au-devant d’une suspension d’armes nécessaire aux Anglais et se sont offerts à renouer une négociation qui était déjà engagée, qu’ils reprochent justement au général Colley d’avoir rompu par son attaque. Ces rudes paysans du Transvaal tiennent sans doute à une liberté, à une indé-