Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/369

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Buenos-Ayres, qui répliqua par un message du président aux chambres dans lequel il déclarait qu’en présence du refus du Chili de ratifier l’acte de son plénipotentiaire, il estimait que la république Argentine devait s’en tenir à l’uti possidetis de 1810. Son message se terminait par ces mots significatifs : « Notre devoir maintenant est d’envisager froidement la situation qui nous est faite. Les négociations sont rompues, non par notre fait. Soyons calmes, mais bien résolus à maintenir nos droits. Nous saurons les sauvegarder et nous voulons espérer encore que des inspirations plus sages prévaudront au Chili et nous permettront d’aboutir, par des moyens pacifiques, à une solution qui n’a que trop tardé. »

Ce message du président fut accueilli avec faveur. A la chambre des représentans, dans la presse, dans les réunions publiques, on accentua encore la note belliqueuse, ou réclama et l’on obtint l’envoi de bâtimens de guerre sur les côtes de la Patagonie ; on négocia sous main avec la Bolivie et le Pérou dont le concours était assuré pour une action commune contre le Chili. De son côté, ce dernier envoyait à Rio-de-Janeiro un diplomate habile pour sonder le cabinet brésilien, réveiller le souvenir des anciennes rancunes qui subsistaient entre l’empire du Brésil et la république Argentine et qui dataient de 1870. A cette époque, ces deux puissances, alors alliées contre le Paraguay, lui avaient imposé par la force un traité de cession territoriale et la libre navigation du Parana et du Paraguay supérieur, mais ces concessions obtenues étaient devenues une cause de dissentimens, chacun des deux alliés reprochant à l’autre de s’en attribuer les avantages exclusifs.

Le Pérou et la Bolivie ne mettaient plus en doute que la république Argentine ne profitât des embarras du Chili pour faire valoir ses prétentions. Ils se croyaient donc en droit de compter sur une puissante diversion dans le Sud, mais quand bien même elle leur ferait défaut, ils ne s’en estimaient pas moins assurés du succès. Quant au Chili, il sentait instinctivement que le nœud de toutes ses difficultés se trouvait dans le Nord, qu’un premier succès ferait hésiter le cabinet de Buenos-Ayres et qu’une victoire sur la Bolivie et le Pérou lui garantissait la neutralité dans le Sud.

Les forces que ses ennemis pouvaient mettre en ligne étaient numériquement supérieures aux siennes. La Bolivie et le Pérou réunis comptent environ cinq millions d’habitans, le double de la population du Chili. La Bolivie ne possède pas, il est vrai, de marine militaire, mais l’effectif de son armée de terre est assez considérable, et dans ce pays où tout le monde est soldat, habitué au maniement des armes, rien n’est plus facile que de lever des renforts. Le soldat bolivien est naturellement brave, sobre, dur à la fatigue. Vêtu d’une capote de toile grossière, de pantalons larges,