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Lakanal, et c’est bien à ce dernier que doit en être rapporté le mérite ou la responsabilité. Notons cependant quelques différences.

Le décret de ventôse portait établissement d’une école centrale par trois cent mille ha bit ans ; la loi du 3 brumaire an IV n’en institue qu’une par département. Le décret de ventôse avait créé quatorze chaires ; la loi de brumaire en réduit le nombre à neuf.

Dans le système du décret de ventôse, les divers cours étaient absolument indépendans les uns des autres et sans aucun lien ; la loi de brumaire divise l’enseignement en trois sections, comprenant : la première, le dessin, l’histoire naturelle, les langues anciennes et d’une façon éventuelle les langues vivantes ; la seconde, les mathématiques, la physique et la chimie ; la troisième, la grammaire générale, les belles-lettres, l’histoire et la législation.

Enfin, d’après la loi de ventôse, les professeurs des écoles centrales devaient recevoir un traitement de 3,000, 4,000 et même 5,000 livres ; la loi de brumaire les assimile, sous le rapport des appointemens, aux administrateurs de département.

De l’Institut national des sciences et des arts. — L’idée de l’Institut n’appartient pas en propre à la convention ; elle était déjà en germe dans les travaux de la constituante et de la législative. Mirabeau, Talleyrand, Condorcet, l’avaient tour à tour entrevue, sans toutefois lui donner une forme bien précise. Il restait à la fixer en la dégageant des incertitudes d’une première ébauche. La commission des onze eut ce mérite : d’une esquisse encore assez confuse elle sut tirer un véritable monument, simple et large à la fois. « L’Institut naquit, a dit un écrivain, et l’encyclopédie fut vivante. »

Tel est bien, en effet, le caractère de cette grande création. Aux anciennes académies provinciales éparses sur toute la surface du territoire, indépendantes, isolées, l’Institut allait substituer un centre d’informations, de recherches, de correspondance, et devenir l’asile commun des sciences, des lettres et des arts. Embrassant dans sa généralité toutes les branches des connaissances, humaines, formé de la réunion de tous les genres et de tous les talens, il devait être le couronnement de l’édifice scolaire, la clé de voûte du système. La convention n’alla pourtant pas jusqu’à en faire, comme le voulait Talleyrand, un véritable degré d’enseignement ou, comme le proposait Condorcet, l’unique directeur de l’instruction publique en France. Elle se contenta de le diviser en trois classes correspondant à peu près aux trois sections des écoles centrales : sciences physiques et mathématiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts.

Quant au rôle qu’elle lui réservait, voici en quels termes elle le définit : « L’Institut national des sciences et des arts appartient à