Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/683

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monseigneur, cela n’est pas, car nous sommes, nous, des personnages dramatiques de Shakspeare, qui nous a créés immortels, si bien qu’après cent cinquante ans, nous voilà tous les deux frais et dispos à cette place ; quant aux braves gens qui chantent et gesticulent aux sons de cet orchestre, que votre grâce ne s’y trompe pas, ce sont des figurans d’opéra, de simples masques. Je reconnais sans doute avoir envoyé à Paris mon fils Laërte en lui recommandant de ne pas négliger la musique, ainsi que monseigneur peut s’en assurer s’il veut bien relire la première scène de l’acte II ; mais qu’il ait poussé les choses à ce point de s’engager comme second ténor dans une troupe française, je ne vous cacherai point la mauvaise humeur que cela me cause. »

Un groupe qui se dit légion demande à grand bruit un théâtre lyrique ; finira-t-on par l’obtenir ? Bien habile qui nous l’apprendra. Plus il semble que les chances diminuent, et plus le mouvement redouble d’activité ; les comités se forment, les rapports succèdent aux rapports, il ne se passe guère de trimestre sans que le gouvernement soit mis en demeure, pas de discussion du budget sans que la chambre soit interpellée, et pourtant le public reste froid et par momens serait même tenté de répondre aux meneurs de cette ligue « pour le bien de l’art : » — Vous êtes orfèvres, tous orfèvres et de la famille de M. Josse. — C’est qu’en effet le théâtre lyrique n’est point à créer ; il existe place Favart, et c’est toujours M. Carvalho qui le dirige. Un théâtre qui joue la Flûte enchantée, Jean de Nivelle, Cinq-Mars, Roméo et Juliette, Mignon, qui, dans le passé, nous a donné l’Étoile du Nord et le Pardon de Ploërmel répond, ce semble, à toutes les conditions du genre. Il n’y aurait donc point tant à s’enquérir de ce côté. Retournons plutôt la question et disons que ce qui nous manque, c’est une scène pour représenter l’opéra comique : si la Dame blanche et Fra Diavolo se produisaient aujourd’hui, sur quel théâtre ces ouvrages seraient-ils donnés ? Car l’Opéra-Comique ne peut cependant suffire à tout ; si grasse que soit la subvention qu’on lui sert, une entreprise dramatique ne saurait mener de front deux troupes, et, la force des choses plus encore peut-être que la volonté de M. Carvalho ayant élargi le cadre, la question se trouve naturellement déplacée. Les destinées du drame lyrique n’ont donc plus à nous inquiéter, nous connaissons l’endroit où fleurit le genre ; resterait maintenant à loger quelque part l’opéra comique, à lui faire un sort ; car il n’y a pas à dire, les deux ménages ne peuvent plus continuer à vivre sur le même palier ; l’un accapare tous les chefs d’emploi, conduit la fête avec les Talazac, les Vauchelet, les Vanzandt, l’autre n’a que les lendemains et les doublures.

La vérité de cette situation vient de se faire jour à la chambre ; seulement le député qui s’en est constitué l’orateur nous paraît se tromper en supposant « qu’il suffirait de transformer le cahier des charges de