Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/878

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m’en vais ; gardez-vous du Bohême ; il est trop rusé pour nous ; vous ne connaissez pas la bête comme je la connais. » Quand Leicester crut avoir enlevé ses dernières chances à l’archiduc, il vint trouver Cecil, qui passait pour le plus opposé à son mariage avec la reine. Comme entrée en matière, il lui dit qu’il l’avait toujours tenu pour un ministre sage et prudent et qu’il l’avait toujours aimé, quoiqu’il n’ignorât pas qu’il avait voulu marier la reine à un étranger ; puis, jetant le masque, il lui déclara ouvertement qu’il prétendait épouser la reine et qu’il lui semblait qu’elle n’était bonne que pour lui. Si Cecil le secondait, il tiendrait la main non-seulement à ce que celui-ci restât dans sa charge, mais il le ferait monter plus haut encore, l’invitant à venir le voir plus fréquemment. Au sortir de cet entretien, Cecil raconta tout à Paul de Foix ; mais Leicester, pour favoriser ses prétentions, allait avoir un autre appui sur lequel il ne comptait guère : c’était Celui de Catherine de Médicis. Elle en était toujours à redouter l’archiduc Charles ; elle invita donc de Foix à prendre parti pour Leicester et à servir sa cause auprès d’Elisabeth. Mais comment, après avoir tant insisté en faveur de Charles IX, comment aborder un pareil sujet ? A sa première audience, de Foix ayant amené la reine à lui parler de son mariage, lui insinua qu’elle ferait peut-être mieux de choisir un grand seigneur anglais. C’était, sans le nommer, lui désigner Leicester. Épouser un prince étranger, ce serait faire maintenant une grave injure au roi de France. Elisabeth lui répondit qu’elle comptait trop sur l’amitié du roi pour qu’il pût jamais douter d’elle, mais qu’elle ne savait vraiment pas encore qui elle prendrait ; le grand seigneur anglais, n’eût-il par lui-même aucune importance, pourrait devenir assez puissant pour être plus tard un danger ; elle était, au reste, bien décidée à n’abandonner rien de ses biens, rien de son pouvoir ; elle ne voulait « s’aider d’un mari que pour laisser un héritier à ses sujets ; quand elle pensait à se marier, il lui semblait qu’on lui arrachait les entrailles. » Le roi de Suède s’était tout récemment remis sur les rangs ; elle attendait sa sœur, la margrave de Bade ; puis, pour faire diversion, elle se plaignit de l’appui que Charles IX prêtait à Marie Stuart. De Foix chercha à la rassurer, mais n’y parvint qu’à demi. Le roi de Suède n’était pourtant pas un rival bien dangereux. La margrave de Bade, dont la grossesse était très avancée lorsqu’elle vint en Angleterre, accoucha à Londres. Leicester lui fit donner Une pension par Elisabeth, et elle ne parla plus de son frère.

Le champ était donc libre. Leicester demanda à la reine de l’épouser aux fêtes de Noël. Elle le lui promit ; mais les fêtes venues, elle le pria de lui accorder jusqu’à la Chandeleur, tout en lui disant pour le rassurer que Catherine de Médicis approuvait son mariage