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délaisser tout à fait la petite lorsqu’elle a son charme et sa valeur comme telle de ces partitions, souvent exquises, dont M. Charles Lecocq fournit nos scènes d’opérette. Ce n’est pas seulement ingénieux, chantant, élégant et galant, c’est écrit, et la popularité de cette musique n’ôte rien à son style. À ce compte, le Jour et la Nuit que l’auteur du Petit Duc vient de donner aux Nouveautés, serait un de ses opuscules les mieux venus. Quelle abondance et quelle verve dans ce papotage harmonique et rythmique ! comme ces petits airs, ces petits duos et ces petits morceaux d’ensemble sautillent allègrement et prennent eux-mêmes plaisir à ce qu’ils vous disent ! quelle chose musicale plus épigrammatique et plus drôle que ce duettino de la Fauvette et du Rossignol ? Vous connaissez le procédé de l’opérette, n’épargner aucun idéal, tourner au ridicule, à la cascade, jusqu’à ce trille des oiseaux que la petite flûte, alternant avec Mme Cabel ou Mlle Carvalho, imitait avec tant de sérieux dans les orchestres d’autrefois ! Ici, la fauvette et le rossignol sont deux grotesques ; l’un fait : pi, pi, pi ; l’autre : couic, couic ; et ces deux notes piquées et repiquées dans la contexture mélodique produisent l’effet le plus amusant. Je recommande également aux amateurs la chanson de la Charmeuse de serpens, tout imprégnée de langueurs suaves et toute pimpante d’un hindoustanisme de convention qui vous rappelle le pittoresque d’Auber dans la berceuse du Premier Jour de bonheur. Comme les opéras-comiques de Grétry, de Monsigny, de Dalayrac se sont inspirés de Mozart, comme ceux de Boïeldieu, d’Herold et d’Adam portent la marque de Rossini et de Weber, l’opérette de M. Charles Lecocq, plus musicale qu’on ne pense, reproduit à sa façon la caractéristique du moment ; je veux parler de cette recherche de l’expression, de ce travail in minimis dont nos pères eurent peut-être le tort de ne point se préoccuper assez. Berlioz, dans une de ces Lettres intimes que nous parcourrons tout à l’heure, nous transmet un bien joli détail à ce sujet. « Comment voulez-vous, lui disait Boieldieu, que je donne le prix à une chose dont je n’ai pas l’idée ? Je ne comprends pas la moitié de Beethoven, et vous voulez que j’aille plus loin que Beethoven ! comment voulez-vous que je comprenne ? Vous vous jouez des difficultés de l’harmonie en prodiguant les modulations, et moi qui n’ai pas fait d’études harmoniques, moi qui n’ai aucune expérience de cette partie de l’art !.. » Il va sans dire qu’en cette occasion, l’auteur de la Dame blanche se calomniait à plaisir et que sa prétendue ignorance ne vient là que pour servir d’argument à sa haine du style compliqué. Toujours est-il que, de notre temps, vous ne trouveriez pas un compositeur d’opérette qui vous fît un pareil aveu en ayant les rieurs de son côté.

En fait d’orientalisme parisien, ceux qui préfèrent cette note trouveront à la Renaissance de quoi se délecter. Une légende arabe, mise en musique par une femme qui connaît le sérail et chantée par Capoul, n’était-ce point le paradis de Mahomet ? La princesse Téfida étant allée,