Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 49.djvu/891

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au progrès des études. Les uns ignorent ce qui se passe chez les autres : on ne se connaît pas, on ne s’aime pas. On est réparti en petites corporations dont chacune garde soigneusement ses défauts. L’élève de l’École des hautes études croyait déroger à sa qualité de futur savant s’il allait écouter les cours de la faculté. L’élève de la faculté trouvait barbares et pédantesques les leçons de l’École des hautes études. Pour le normalien, le chartiste était un ouvrier incapable de passer architecte ; le chartiste tenait le normalien pour un constructeur de façades où tout était en apparence. Il est bon qu’ils vivent les uns à côté des autres, sous la direction de maîtres sortis les uns de l’École normale, les autres de l’École des chartes, appartenant les uns à la faculté, les autres à l’Ecole des hautes études, et qu’ils s’entendent pour trouver et appliquer ensemble le meilleur système d’éducation historique.

Ce n’était donc pas sans raison qu’on disait tout à l’heure que de grandes espérances sont permises. Cette jeunesse rajeunit la Sorbonne. Elle a pour domicile provisoire, rue Gerson, un baraquement en planches, où se trouve une salle de conférences pour l’histoire, une autre pour la grammaire et les lettres. Ce n’est plus la salle des cours publics, banale, avec ses bancs sans tables et sans dossiers, disposés en gradins et salis par les pieds du passant inconnu. C’est une vraie salle de cours, avec table et encriers, tableaux et cartes sur les murs. Jadis le professeur qui se rendait en Sorbonne pour faire ce qu’on appelait la petite leçon se demandait en chemin s’il ne trouverait pas la salle vide ; car il n’avait point à compter avec le public de la grande leçon, écarté par l’heure matinale et par la nature même du sujet traité. Assis à sa place habituelle, il apercevait dans un amphithéâtre qui peut contenir quelques centaines de personnes de rares auditeurs appuyés aux murs et séparés par de longues rangées de bancs inoccupés. Il parlait sans regarder dans ce vide, la tête vers ses notes, vers son livre, vers sa montre, qui ne marquait pas assez vite la fin de ce monologue dans le désert. Aujourd’hui, la présence d’étudians que l’on connaît, qui parlent et à qui l’on parle, comme il convient entre personnes vivantes, a changé cet ennui en un plaisir. Auprès des salles de conférences, les étudians ont des salles d’études où sont réunis déjà les livres, documens, dictionnaires et atlas les plus nécessaires à leur travail. Ils y peuvent demeurer jusqu’au soir. C’est assez pour leur donner l’idée que la faculté des lettres est leur domicile intellectuel. Enfin les professeurs ont un cabinet. Ceux qui connaissent le local accolé à l’amphithéâtre de la faculté dans la Sorbonne, réduit misérable où le professeur s’arrête pour suspendre son pardessus à un mur blanchi, avant de se rendre à sa chaire par un corridor noir qui sert de