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les intérêts, qui touche particulièrement aux relations commerciales de la métropole avec sa colonie. L’entente ne sera réellement pas facile, et cependant elle est nécessaire pour la pacification de Cuba comme pour la sûreté de l’Espagne. Le cabinet de Madrid aura autant à faire pour résoudre la question de Cuba que pour régler la situation financière de la péninsule. Le ministre des finances, M. Camacho, s’en est déjà occupé. Il a voulu négocier des arrangemens avec les créanciers étrangers en Angleterre, et il a entrepris surtout d’augmenter les ressources publiques par des créations d’impôts destinés à rétablir un certain équilibre dans le budget. Malheureusement il ne paraît guère avoir réussi avec ses nouveaux impôts ; il a provoqué une opposition redoutable qui a pris la forme d’une sorte de « grève des contribuables, » et il semble aujourd’hui se préparer à quelque transaction ou atténuation pour désarmer des résistances fortement organisées à Madrid même. Le ministère a eu déjà de sérieux assauts à soutenir dans les cortès depuis l’ouverture de la session: il pourra sans doute se défendre avec succès, à la condition pourtant qu’il restera uni, et c’est là justement la difficulté ! Il y a dans le cabinet espagnol deux fractions qui se sont alliées pour prendre ensemble le pouvoir : l’une composée du général Martinez Campos, du ministre des affaires étrangères, le marquis de la Vega y Armijo, du ministre de la justice, M. Alonzo Martinez; l’autre, composée du président du conseil, M. Sagasta, de M. Albareda, de M. Léon y Castillo. La dernière de ces fractions a toutes ses affinités et ses relations dans la partie libérale du congrès ; la première trouve un certain appui parmi les conservateurs et a sa force au palais auprès du roi. Le président du conseil, M. Sagesta, a réussi, depuis un an, à garder un certain équilibre, à maintenir l’alliance qu’il a su habilement former. Il est clair que, si cette alliance venait à se rompre, tout serait remis en question. Le roi, qui s’est prêté sincèrement à cette expérience, pourrait être tenté d’y renoncer; mais c’est évidemment aussi une raison pour que M. Sagasta mette tout son art. toute son habileté politique à prévenir une rupture qui serait vraisemblablement la préparation et le prélude de la chute du ministère auquel il a donné son nom.


CH. DE MAZADE.