Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/131

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en grandissant. Dans son état d’inachèvement, la dernière Madone, celle de la casa Colonna, qui probablement date de 1507, nous montre ces formes plus amples et cette exécution plus personnelle d’un maître en pleine possession de son talent. Si la grâce un peu mondaine de la Vierge n’est pas exempte de quelque manière, le corps du petit Jésus est, au contraire, d’un dessin superbe et il porte sur son visage l’expression d’autorité qui se retrouvera plus tard dans la Vierge à la chaise et la Madone de Saint-Sixte. La composition a aussi plus d’unité et Marie, interrompant sa lecture pour contempler avec amour son enfant, semble, par un sentiment d’abnégation tout maternel, nous inviter nous-mêmes à reporter sur lui toute notre attention. C’est ainsi que, s’exerçant avec l’inépuisable fécondité de son génie sur un sujet aussi simple, Raphaël sait y découvrir incessamment de nouvelles ressources et, le reprenant aussi souvent sans se répéter jamais, il en imagine des expressions toujours nouvelles et toujours variées.

Il nous faut malheureusement quitter Raphaël au moment où il arrive à la maturité. Avec lui aussi se termine la période d’ascension et de progrès dans l’histoire de la peinture. Désormais les grandes révélations ont été faites, et par une pente naturelle, la grâce et l’élégance vont tendre de plus en plus à y remplacer la force. Il y aura aussi plus de talent, sans doute, mais moins de vitalité et d’invention créatrice. André del Sarto est dans l’école florentine le dernier des maîtres vraiment grands. Contemporain de Raphaël, s’il n’a point la hauteur de son vol, ni la riche variété de ses aptitudes, avec bien des qualités pareilles il garde en face de lui sa physionomie. Une Vierge glorieuse, datée de 1528, trois ans avant sa mort, nous le montre à l’apogée de son talent. Science de la composition, choix heureux des formes, variété des types, convenance des expressions, largeur et noblesse des ajustemens, toutes ces qualités du grand art que naguère encore chaque peintre devait isolément tâcher d’acquérir, à force de travail et à ses risques, paraissent ici réunies avec une si naturelle aisance qu’il semblerait qu’André del Sarto n’ait eu qu’à jouir de l’effort des générations précédentes. Sans doute à trouver la voie ainsi frayée, l’originalité s’est un peu amoindrie chez lui, et on sent que bien des influences, — celles de Léonard, de Michel-Ange, de frà Bartolommeo, — ont part dans son talent. Avec son tempérament tendre et passionné, André devait plus que personne être accessible à ces influences. Mais il a un goût instinctif qui les corrige l’une par l’autre. Il ne s’assimile donc que ce qui convient à son génie et en face de la nature qu’il ne se lasse pas de consulter, on voit au charme ému de ses dessins que sa sincérité est entière ; de plus, comme il est admirablement servi par son talent, il excelle à rendre toutes les