Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/146

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Tandis que les colonies anglaises de l’Afrique australe sont pendant la plus grande partie de l’année en proie aux sécheresses, les régions plus au nord sont au contraire abondamment pourvues d’eau. Livingstone, Stanley, Cameron et ceux qui sont venus après eux, n’ont jamais eu à y souffrir de la soif et ont éprouvé plus de difficultés pour franchir les marais et les fleuves que pour traverser des déserts. Ils nous dépeignent les contrées qu’ils ont parcourues comme couvertes de bois, de lacs et de rivières, ce que faisaient d’ailleurs présumer l’étendue et la puissance des trois grands fleuves qui prennent naissance dans l’Afrique centrale, le Nil, le Congo et le Zambèze. L’humidité de cette partie du continent doit être prodigieuse pour pouvoir fournir de pareilles masses d’eau, puisque, sur certains points, le Congo a plus de 200 brasses de profondeur et que son courant est visible jusqu’à 300 milles dans l’Océan, où il déverse 870,000 mètres cubes par seconde. Il semble que telle a été autrefois aussi la situation de l’Afrique australe et que le changement qui s’y est opéré date d’une époque relativement récente.

Le docteur Moffat, qui a habité la colonie pendant cinquante ans et qui, comme d’autres avant lui, a décrit les effets des sécheresses, raconte qu’à son arrivée dans le Latakoo, en 1821, les indigènes lui parlaient sans cesse des cours d’eau qui autrefois sillonnaient le pays, des pluies qui activaient la végétation et tapissaient les rochers de verdure, des forêts de grands arbres qui couvraient les collines et les plaines voisines. Ils racontaient que dans le Kurinam et d’autres rivières se jouaient les hippopotames et que l’herbe des prairies était assez haute pour cacher ces animaux. Le docteur a lui-même pendant son séjour assisté à cette modification progressive du climat et constaté que le pays était beaucoup plus aride au moment de son départ qu’à son arrivée.

M. Chapman, dans le voyage qu’il fit de Natal aux chutes du Zambèze par la route qui traverse la partie orientale du désert de Kalahari, rencontra, avant d’atteindre la rivière de Botletlié, de vastes plaines gazonnées au milieu desquelles se trouvent un grand nombre d’étangs desséchés, dont il ne reste pour en marquer la place que des masses de sel cristallisé. Des indigènes se souviennent avoir vu les étangs pleins d’eau et la plaine à l’état de marais en communication avec le Botletlié. A mesure qu’elle se desséchait, les poissons mouraient et devenaient la proie des vautours. Un grand nombre de sources et de rivières qui coulaient jadis d’une façon permanente sont aujourd’hui taries.

Les affluens du lac Ngami ont actuellement une section beaucoup trop grande pour leur débit, comme il arrive à des canaux d’irrigation dont les écluses sont à moitié fermées ; leurs eaux sont évaporées par le soleil ou se perdent dans les sables. Le lac Ngami