Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/151

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remonte à la lumière avant la formation de la troisième, et ainsi de suite ; il s’est donc produit dans toute la masse terrestre et il se produit encore aujourd’hui des mouvemens lents ou brusques qu’explique la nature plastique de la matière qui la compose et l’énorme pression à laquelle elle est soumise dans les profondeurs insondables des océans.

Les matières entraînées par les fleuves et les rivières modifient incessamment le contour des mers. Il n’est pas un ruisseau, si petit qu’il soit, qui n’emmène avec lui des terres enlevées aux montagnes d’où il sort et ne fournisse son contingent aux dépôts créés par les fleuves. Le Mississipi, dont la vallée a de 50 à 60 kilomètres de large, et l’embouchure environ 200 kilomètres, charrie des débris et des arbres déracinés en quantité suffisante pour couvrir une étendue de plusieurs milliers de kilomètres carrés. L’Amazone, avec les matières qu’il entraîne, trouble les eaux de l’Océan jusqu’à une distance de 500 kilomètres de l’embouchure. Le Gange par ses dépôts a formé un delta de plus de 100,000 kilomètres carrés. Les eaux du Koang-Ho renferment 1/2 pour 100 de matières en suspension qui pourraient, dans l’espace de trente jours, créer 1 kilomètre carré de terrain solide. Le Pô et ses affluens ont depuis deux mille ans atterri au nord de l’Adriatique une bande de terrain de 160 kilomètres de long sur une largeur qui varie de 2 à 30 kilomètres.

Toutes ces matières enlevées des régions supérieures et entraînés dans les mers en élèvent le niveau et en modifient les rivages ; elles exercent sur le fond une pression énorme qui peut en changer l’assiette et contribuent ainsi à renouveler incessamment la face de la terre. C’est à un phénomène de ce genre qu’est due l’apparition à la lumière non-seulement de l’Afrique australe, mais celle de l’Afrique tout entière dont le relief général présente une succession de chaînes de montagnes étagées les unes derrière les autres et séparées par des plaines ou des vallées de plus en plus élevées, à mesure qu’on pénètre plus avant. La partie centrale semble être un immense bassin dont les dépressions encore couvertes d’eau forment des lacs auxquels le Nil et le Congo servent de canaux d’écoulement, tandis que le Zambèze draine les eaux de toute la région intermédiaire entre le fleuve Orange et le bassin central. Le continent africain dont la configuration est celle d’une gigantesque ampoule, n’a pu être le résultat d’un soulèvement brusque, mais a été au contraire celui d’un soulèvement lent, pendant lequel la matière en fusion a brisé par places la croûte terrestre qui l’étreignait. Les failles ainsi produites qui se montrent dans les diverses formations géologiques, tantôt remplies des matières incandescentes de