Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/156

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plus ou moins prononcée suivant les élémens dont il est composé. La puissance d’absorption de l’air l’emporte d’autant plus sur la force de résistance du sol que l’atmosphère est plus sèche et plus éloignée de son point de saturation ; elle s’accroît avec la température et avec la facilité qu’ont les rayons solaires de pénétrer jusqu’au sol.

On sait que l’eau ne se laisse pas traverser par les rayons de chaleur, mais qu’elle les réfléchit ; c’est pour ce motif que, lorsqu’un nuage vient à s’interposer entre la terre et le soleil, la température baisse aussitôt ; de même, lorsque pendant les froids de l’hiver, il survient du brouillard, la chaleur radiante de la terre ne pouvant se disséminer dans l’espace, la température tend à s’élever. Ainsi, plus l’atmosphère est humide, moins les rayons solaires ont de puissance calorifique, puisqu’une partie se trouve réfléchie ; plus au contraire l’atmosphère est sèche, plus les rayons de chaleur venant soit du soleil, soit de la terre, la traversent facilement et plus, par conséquent, augmente la différence de température entre le jour et la nuit, entre l’été et l’hiver. Ainsi, la présence de l’humidité dans l’atmosphère a pour effet d’arrêter ou de réfléchir les rayons de chaleur, de diminuer par cela même l’évaporation et d’empêcher le dessèchement du sol. Or l’expérience prouve que la végétation produit ce résultat au plus haut degré et que, lorsqu’elle disparaît, la sécheresse se manifeste aussitôt.

lia végétation est un phénomène naturel en ce sens que la terre est destinée à être tapissée de verdure et qu’elle n’est jamais dénudée que par le fait de l’homme. Partout où elle est abandonnée à elle-même, elle ne tarde pas à se couvrir d’abord de graminées, puis d’arbustes et enfin de forêts ; les plantes ont raison des roches les plus dures ; ce sont d’abord des lichens qui s’attachent à leurs parois, les désagrègent peu à peu et, en y maintenant une certaine humidité, en provoquent la décomposition ; les poussières qu’ils arrêtent forment une couche de terre sur laquelle les végétaux d’un ordre supérieur trouvent une assiette suffisante, et bientôt cette couche devient assez forte pour que les graines des arbres puissent y germer. A peine poussés, ceux-ci deviennent de puissans agens de destruction ; ils projettent dans toutes les directions, pour y chercher leur nourriture, leurs racines, qui pénètrent dans les moindres crevasses et qui émiettent la roche sous leurs étreintes, pendant que leurs feuilles, en se décomposant, fournissent un humus abondant qui se transforme en terre végétale. Ce sont donc les forêts qui ont préparé le globe pour l’homme et l’ont pour ainsi dire rendu habitable ; grâce à elles, il a trouvé sa demeure prête et a pu s’y installer sans être voué à la mort.