Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/185

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Lippomano, n’ont pas voulu reconnaître plus tôt la prudence et la capacité de la reine mère, mais, au contraire, ils l’ont niée. Aujourd’hui, ils doivent lui rendre pleine justice, car ils voient clairement que c’est elle qui fait tout et qui ordonne tout avec sagesse et pour le bien du royaume. Dans tous ces troubles, elle a été la médiatrice ; elle a toujours conseillé la paix. Elle est aussi infatigable de corps que d’esprit et ne perd jamais courage… »

Que de portraits n’avons-nous pas de Catherine et que de traits épars dans Tavannes, Castelnau, Montluc, Villeroi, de Thou, l’Estoile, la reine Marguerite ! Le portrait le plus charmant, le plus flatté aussi est celui de Brantôme. La reine mère y est bien vivante, est dans son cadre naturel, au milieu de sa troupe de demoiselles. Brantôme est aussi occupé de vanter sa « belle et riche taille, » son « cuir net, » sa main, « la plus belle main qui fut jamais veue, si crois-je, » qu’à la défendre contre les accusations de ses ennemis. Il parle en vrai courtisan qui aime les beaux habillemens, les « honnestes exercices, » les chasses ; il nous montre la reine à cheval, « ne sentant pour cela sa dame homasse en forme et façon d’amazone bizarre, mais sa gente princesse, belle, bien agréable et douce. » Il se complaît avec elle dans ses belles maisons des Tuileries, Saint-Maur, Monceaux, Chenonceaux, dans la salle de bal au palais ou au Louvre. Il aime la reine artiste, ordonnant des fêtes magnifiques, ingénieuses, voulant toujours que ses dames « comparussent en haut et superbe appareil, » et veuve, paraissant pourtant toujours la souveraine par-dessus toutes, même avec ses « soies lugubres, » au milieu des princesses les plus « braves. » Il l’accompagne aux grandes processions des Rameaux, de la Fête-Dieu, de la Chandeleur. Ce portrait, à tout prendre, et avec ses touches si légères, est précieux : on y trouve une Catherine de Médicis très vraie, sans passions, calme, toujours maîtresse d’elle-même. L’Italienne se croyait supérieure à tout ce qui l’entourait, supérieure surtout par l’intelligence, par le goût des belles choses, par le mépris secret de tout ce qui remuait et égarait tout ce qui vivait à ses côtés ; elle ne connut pas l’amour, elle ne se donna point tout entière, comme Anne d’Autriche, à un ministre. Eût-elle été capable de le faire ? Toute notre histoire pouvait changer. Elle resta toujours vraiment solitaire, suivant avec des ruses infinies un simple dessein domestique, occupée de ses enfans, de ce royaume qui, à ses yeux, était simplement leur bien et leur héritage, rusant avec tout le monde, sans haines profondes, sans colères, catholique par habitude, par goût, par amour des grandes choses noblement ordonnées bien plus que par conviction, mais comprenant tout, et indulgente à l’hérésie sinon aux hérétiques, toujours un peu