Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/197

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funeste amitié était si menaçante au « pauvre petit roy pupille. » Si le roi d’Espagne veut la secourir, elle aime bien mieux son argent que ses lansquenets, car avec l’argent « nous en ferions une levée de Suisses qui sont bien catholiques et les aymerions beaucoup mieux que les lansquenets. »

Pendant cette première guerre, la reine est dans « un abisme d’affaires ; » elle écrit sans cesse, en tout pays, elle suit l’armée royale au siège de Bourges, elle vit dans les camps. Rendons-lui justice, elle est humaine, elle défend à Montluc de saccager les maisons des gentilshommes, elle ne veut désespérer aucuns de ses sujets, elle sauve Bourges du pillage ; elle assiste au siège de Rouen mais ne peut empêcher la ville d’être mise à sac. Elle ne rêve que la paix : elle ne pouvait oublier qu’elle avait été comme contrainte de suivre la fortune des Guises, qu’elle avait écouté un moment Condé, quand celui-ci voulait la mener à Orléans, que c’est lui qu’elle avait prié d’abord de « conserver la mère et les enfans et le royaume ; » qu’à Fontainebleau, elle l’avait attendu trois jours, luttant contre Guise, implorant, priant ; qu’elle avait été conduite comme une prisonnière à Paris. Ce qui étonne quand on lit la correspondance, c’est qu’après le traitement qu’elle avait subi, elle ne se fût point enfermée dans le silence ; mais elle se retournait vite, elle ne voulait point lâcher le fil des affaires du royaume. Le duc de Guise, à ce moment, n’était pas seulement le maître de Paris, il était presque roi.

Avant la bataille de Dreux, les chefs catholiques demandèrent par courtoisie à la reine mère l’ordre de livrer le combat ; elle, se tournant vers la nourrice de Charles IX, en recevant leur message : « Nourrice, que vous en semble ? le temps est venu que l’on demande aux femmes conseil de livrer bataille. » La reine, sur les rapports de quelques fuyards, crut d’abord la bataille perdue. On a beaucoup répété qu’aux premières nouvelles, la sceptique Florentine avait simplement dit : « Eh bien ! nous prierons Dieu en français. » Nous doutons fort que ce mot ait jamais été prononcé ; ce qui est certain, c’est que Catherine montra Le plus grand désir de traiter avec Condé. Ses lettres la montrent pénétrée de la pensée « qu’il y avoit plus de particulière passion et ambition en l’esprit de ceux qui possédoient son cousin de Condé que de zèle de religion [1]. » Paris était si ardent contre ceux d’Orléans, que la reine se rendit à Chartres pour essayer d’entamer des négociations de paix ; elle y emmena Condé captif, puis le mena à Blois, à Amboise, et le tint à Onzain, pendant que la guerre continuait entre Guise et Coligny.

  1. Lettre à l’évêque de Rennes, 23 décembre 1562.