Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/207

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outré de fureur en apprenant l’arrivée de son rival. « Par la mort Dieu, il en mourra ! » Il avait avec lui le Corse Ornano. Tout près se tenaient les Gascons, choisis par Épernon, hommes de main et sur un signe prêts à tout. Catherine calma son fils, elle savait encore l’adoucir dans ses fureurs. Elle réussit à faire sortir Guise du Louvre, et ce jour-là, lui sauva la vie.

Le lendemain, Guise revint avec quatre cents gentilshommes. Paris se couvrit de barricades ; les Suisses furent massacrés, et le roi se trouva captif dans le Louvre. Catherine alla le lendemain voir le vainqueur (13 mai 1588). Les barricades s’ouvrent devant elle : elle demeura avec le duc de Guise pendant plusieurs heures, lui rappela en vain tout ce qu’elle avait fait pour les siens et pour lui-même ; le trouvant intraitable, elle dit un mot dans l’oreille à Pinard, le secrétaire d’état qui l’avait accompagné. Celui-ci partit pour presser Henri III de prendre la fuite. Pour gagner du temps, elle resta encore deux heures avec le duc de Guise, discutant comme elle savait faire. Un gentilhomme entre, parle bas au duc : « Le roi s’est sauvé. » Catherine s’en alla, laissant le duc de Guise à sa fureur inutile. Henri III était sorti à pied par les Tuileries et les écuries. Hors de Paris, il redevenait le roi de France. Catherine, contente de le savoir sur la route de Chartres, resta au Louvre, pleine de mépris pour toutes les folies des Parisiens et jouissant secrètement de voir le duc de Guise céder aux fantaisies d’une vile populace. Elle travailla ensuite à réconcilier le roi avec le maître de Paris. Par crainte de d’Épernon et de Henri de Navarre, elle fit, dans le traité de Rouen, des concessions vraiment honteuses ; le roi promettait d’exterminer l’hérésie et livrait à Guise Metz, Angoulême, Boulogne. Quand Guise vint retrouver le roi à Chartres, il dîna avec lui. « Mon cousin, dit Henri III, buvons à nos bons amis les huguenots. — C’est bien dit, sire. — Et à nos bons barricadeux de Paris, ajouta le roi, ne les oublions pas. »

Déjà, sans doute, il méditait sa vengeance, et ces plaisanteries auraient dû mettre le duc de Guise en garde. Les états-généraux se réunirent à Blois, le 16 octobre 1588. Catherine s’y trouvait, déjà délaissée, malade et ne voyant plus chance de laisser la couronne au marquis de Pont-à-Mousson, son petit-fils, n’étant déjà plus redoutée. On sait comment le roi, tenant enfin le duc de Guise dans ses mains, le fit assassiner par le Corse Ornano et par ses quarante-cinq Gascons. Catherine ne fut pas dans le secret du crime ; le roi lui annonça lui-même l’événement ; elle en fut profondément troublée : elle demanda au roi de lui donner le prince de Joinville, fils aîné du Balafré, et le duc de Nemours, fils de la veuve du grand François de Guise. « Ils sont jeunes, dit-elle, ils vous feront un jour service.