Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/237

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mode, une sorte d’hallucination : chacun a son plan, sa nouveauté, sa réforme ; c’est à qui portera la main sur les institutions militaires, sur la composition et le recrutement de l’armée, et la chambre a été tellement assaillie de propositions qu’elle s’est mise, sans plus de retard, à une œuvre complète de révision et de réformation. A l’heure qu’il est, entre tous les projets soumis à la commission parlementaire qui a été nommée avant les vacances et qui vient de reprendre son travail, il y en a deux principaux. Le premier est l’œuvre du dernier ministre de la guerre, M. le général Campenon, et a été porté à la chambre par M. Gambetta, qui s’est vu appelé à présider la commission ; le second est l’œuvre du nouveau ministre, M. le général Billot. Les deux projets se ressemblent en un point, ils proposent de consacrer définitivement la réduction du service à trois ans ; surtout le reste, sur le volontariat, sur les dispensés conditionnels, sur la répartition des contingens, ils ont des combinaisons différentes, et la commission a si bien fait jusqu’ici qu’elle en est encore à se reconnaître au milieu des détails, des idées contradictoires et des chiffres qui passent sous ses yeux. Tous ces projets, quels que soient les détails, sont malheureusement nés sous une influence peu favorable : ils portent la marque du temps, ils paient la rançon inévitable à l’esprit de parti. Ils mettent partout l’égalité, la démocratie, le suffrage universel, l’appel à la popularité, sans oublier bien entendu la chose la plus essentielle qui est au fond de tout, le service obligatoire et personnel imposé aux séminaristes. N’y eût-il que cette raison des séminaristes à soumettre au service, il aurait fallu réformer les lois militaires, c’est bien clair ! De plus, toutes ces combinaisons nouvelles qu’on propose ont cela de commun avec bien d’autres lois d’aujourd’hui, qu’elle sont médiocrement conçues, mal coordonnées et ne seront vraisemblablement rien moins qu’efficaces. Ce sera un progrès nouveau si l’on veut, — un progrès dans la confusion.

Il faut bien cependant en venir à la réalité des choses. De quoi s’agit-il ? On veut une armée pour la défense du pays, on la veut même passionnément, et pour avoir une armée, la première condition apparemment est de s’inspirer de l’intérêt militaire, des nécessités militaires, de rechercher, d’accepter tout ce qui peut donner à la force organisée son ascendant et son efficacité. Le malheur est que, dans tout ce qui est proposé, dans tous ces projets qui se succèdent ou qui se croisent, au lieu de songer avant tout à l’intérêt militaire, aux moyens d’avoir de vrais soldats, des cadres vigoureux et solides, — ce qui est la grande et unique question, — on cède à toutes sortes de préoccupations qui n’ont rien de commun avec la bonne constitution d’une armée. On prétend faire une armée avec des calculs de politique subalterne, avec des arrière-pensées de parti, avec des préjugés.

On cherche la popularité avec cette réduction du service qu’on poursuit depuis si longtemps en invoquant l’exemple de l’Allemagne ; mais