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DIXIÈME PARTIE [1]


XIX. — LES SAINT-SIMONIENS.

Charles-Lambert-Bey, que j’avais connu pendant mon séjour au Caire et avec qui j’avais tant causé, le soir, sous les arbres de l’Esbékyeh, était revenu à Paris après avoir fait liquider sa pension de retraite et pris congé du vice-roi d’Égypte. Plus saint-simonien que jamais, se considérant toujours comme l’apôtre de la doctrine prêchée de 1828 à 1832, il avait repris avec ardeur l’œuvre de propagande à laquelle il avait consacré sa vie. Dès son retour, nous nous étions retrouvés, et nous avions renouvelé ces longues conversations dont le souvenir m’était resté cher. Chez lui, ou chez moi, nous avions d’interminables discussions sur l’identité du moi, sur la personnalité de Dieu, sur les destinées de l’âme. Sans me laisser pénétrer par des théories intéressantes, mais un peu diffuses, j’éprouvais un vif plaisir d’esprit à écouter Lambert, dont la parole avait un charme auquel je ne résistais pas. A cette époque, toutes ces dissertations qui ne s’appuient que sur des hypothèses plus ou moins ingénieuses, ces disputes courtoises, ces duels à syllogismes émoussés me plaisaient infiniment. J’y aurais passé les nuits, et plus d’une fois,

  1. Voyez la Revue des 1er juin, 1er » juillet, 1er août, 1er septembre, 1er octobre, 1er novembre, 1er décembre 1881, 15 janvier et 15 avril 1882.