Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/263

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tuons-le et faisons-le cuire. » Mohammed-el-Tounsy n’était point rassuré, mais il sut éviter la marmite nègre. C’était un taleb, il portait l’encrier passé dans la ceinture, comme un bon lettré qu’il était. Il s’informait, questionnait, prenait des notes et écrivit le récit de son voyage. Ce récit, le docteur Perron l’a traduit en deux volumes qui sont les plus curieux que l’on puisse lire. Toutes les relations que nous avons sur les peuplades africaines et sur les tyranneaux qui les gouvernent nous ont été transmises par des Européens. Nous avons l’opinion des aryens et des chrétiens appréciant des noirs, des idolâtres et des musulmans ; c’est pourquoi il est intéressant de savoir ce que pense sur ces mêmes tribus sauvages un sémite fermement attaché à l’islamisme. Le point de vue est autre, et les conclusions sont parfois contradictoires à nos idées.

Le docteur Perron se fatigua du séjour en Égypte et revint en France ; il entra en rapport avec le ministère de la guerre, qui utilisa ses connaissances spéciales, et il fit alors son maître livre. On sait que l’orthodoxie musulmane se divise en quatre sectes, qui sont la secte des hanafites, créée par Hanafy de Bagdad et qui embrasse la Turquie d’Europe et l’Asie-Mineure ; la secte des schâféites, promulguée par Schaféi et adoptée en Égypte et en Syrie ; la secte des hanhalites, issue de Hanbalet que suivent la Chaldée et le pachalick de Bagdad ; enfin la secte des malékites, imposée par Maleck à la Barbarie et au Soudan. L’Algérie, comme toute contrée du Moghreb (du couchant), appartient à la secte de Maleck, qui a ses coutumes, ses formes religieuses et sa jurisprudence particulière. Khalil ibn Ishack a écrit un volumineux traité de la jurisprudence musulmane selon le rite malékite ; c’est l’ensemble des lois commentées et interprétées qui régissent le peuple arabe répandu sur le littoral de la Méditerranée et au-delà du Sahara. Dans l’intérêt même de la bonne administration de notre colonie algérienne, il était indispensable d’en posséder une traduction ; le docteur Perron fut chargé de ce travail ; il s’en acquitta avec une science et une habileté qui auraient dû lui ouvrir les portes de l’Institut ou le faire monter dans une chaire de professeur d’arabe. L’ouvrage, qui est des plus intéressons, se compose de cinq volumes in-4°, imprimés à l’Imprimerie nationale, et reste, par conséquent, un livre de bibliothèque, tandis qu’il aurait fallu le publier sous format portatif et le distribuer en profusion à nos officiers d’Algérie, auxquels il ne serait pas inutile. Perron avait eu une idée excellente qui ne put malheureusement parvenir à exécution ; il voulait, reprenant la Bibliothèque orientale de d’Herbelot, la mettre au courant, c’est-à-dire y ajouter toutes les traditions et tous les faits historiques découverts depuis un siècle. Pour suivre ce projet, dont l’accomplissement eût rendu un