Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/412

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pas : « On n’y pratique que la réclame menteuse, éhontée, au service des éditeurs puissans. » C’est beaucoup dire : il existe dans la péninsule (nous les nommerons peut-être un jour) des critiques pleins d’érudition et de sagacité ; seulement, ils dédaignent un peu le roman (et ce mépris ne date pas d’hier) : quand Manzoni publia ses Fiancés, on lui reprocha d’écrire pour les femmes. Quoi qu’il en soit, il est rare de voir un auteur se fâcher contre ceux qui le flattent. Nous sommes toujours portés, dit un sage, à reconnaître beaucoup de goût à ceux qui nous attribuent beaucoup d’esprit. Et comme M. Farina, sans vouloir être un Dickens, a pourtant tous les droits du monde à notre attention, nous allons tâcher de le faire connaître. Un seul de ses romans a été traduit dans notre langue ; il importe donc avant tout, non de peser l’écrivain, mais de le montrer.

Quand nous l’appelons un humoriste, nous rendons au mot de humour, qu’il ne faut pas définir trop subtilement, son sens le plus facile à comprendre et le plus généralement accepté : une originalité facétieuse, une sentimentalité souriante, ou, si l’on veut, une gaîté toujours prête à s’émouvoir et à s’attendrir. Inutile de chercher plus loin, d’évoquer Rabelais, Shakspeare, Swift et Sterne, Hofmann et Jean-Paul, nous y perdrions la tête ; les choses les plus claires deviennent troubles quand on les regarde de trop près. Il est vrai qu’ainsi compris, le humour est français ; nos aïeux disaient humeur, et Voltaire, il y a plus de cent ans, avait trouvé ce mot dans Corneille. Nous avons donc aussi, nous avons eu de tout temps nos humoristes. Il y a pourtant entre eux et la plupart des étrangers cette différence que ces derniers sont des penseurs ou plutôt des pensifs ayant des idées non générales, mais personnelles, relevant non du sens commun, mais de leur sens particulier, et que ces idées, justes ou non, mais franches, ils les expriment pour se faire plaisir à eux-mêmes, non pour flatter ou choquer le public. Il y a donc chez eux beaucoup de vie intérieure, un esprit qui remue en dedans ; aussi, quand ils écrivent des romans et tâchent de créer des êtres humains, les créent-ils à leur image, pensifs comme eux, conduits dans la vie moins par le tempérament que par la réflexion, égarés moins par des vices que par des sophismes, détraqués non par la vanité, qui est le souci de la galerie, mais par des lubies et des dadas qui, nés de leur fantaisie solitaire, ne sont qu’à eux et pour eux. Ces personnages nous semblent en même temps plus naïfs et plus compliqués que les nôtres ; plus naïfs, parce qu’ils s’inquiètent moins du qu’en dira-t-on ; plus compliqués, parce que les mobiles de leurs actions sont très divers et multipliés par les subtilités de la