Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/446

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PLAGE ANTIQUE.


C’étaient d’étranges nuits que ces nuits où Misène
Sentait ses vieux rochers haleter de désirs,
Où Baïa présentait comme une coupe pleine
Son golfe à qui voulait épuiser les plaisirs ;

Où les dauphins suivaient sur la mer de Tyrrhène
Des nefs pleines de chants, de fleurs et de soupire,
Qu’abandonnaient au gré des vagues de saphirs
Les avirons dormant aux flancs de la carène.

Des souffles énervans, par la rose embaumés,
Qui de Pæstum venaient baiser les fronts pâmés,
Faisaient la vierge folle, et l’épouse adultère :

Tandis que, sur la grève où s’égaraient leurs pas,
Dans une brume astrale, en se parlant tout bas,
Les enfans se montraient le rocher de Tibère…


LUSTRATION.


Bas-relief : — La génisse est mère ; on la conduit
A l’autel de Palès faire ses relevailles.
Encore tout moiré du pli de ses entrailles,
D’un pas un peu heurté son nourrisson la suit.

L’homme, — un Sabin, — qui porte un couple de volailles
Au bout de son bâton, — frappe au sacré réduit :
Le temple est clos, le prêtre absent ; près des murailles,
Un vase, tout rempli d’eau lustrale, reluit.

On attend. — Le petit sous la mère se glisse ;
Il tette éperdument ; et la brave nourrice, —
— Sacrilège innocent ! — boit au bassin d’airain ; —

La paix s’étend sur eux large, naïve, honnête,
Et, les enveloppant d’un regard souverain,
La Nature sourit doucement, — satisfaite.