Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/481

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


la catastrophe de Phœnix-Park, comme pour montrer dans une lueur sinistre que M. Forster pouvait avoir raison, que M. Gladstone se laissait peut-être entraîner sans garanties suffisantes dans une dangereuse évolution.

La question est maintenant de savoir ce qui résultera de cet odieux attentat, quelle influence cette sanglante aventure va exercer sur la direction des affaires irlandaises. Il est certain que la politique à laquelle M. Gladstone paraissait vouloir se rattacher, qui pouvait passer simplement pour généreuse avant le crime, se trouve singulièrement compromise et qu’elle sera tout au moins ajournée. Pour le moment, il n’y a point à y penser. La seule préoccupation est de décourager une agitation qui peut engendrer de tels forfaits, d’employer toutes les forces du gouvernement à déjouer les complots, à combattre les fauteurs de meurtre, et c’est là précisément l’objet d’un bill que le cabinet vient de présenter pour tâcher d’avoir raison des sociétés secrètes, pour organiser de nouveaux moyens de répression. Le bill avait été annoncé par le premier ministre, il est maintenant connu ; il est plus sévère que tous les autres bills qui ont été présentés jusqu’ici, et il a été adopté sur-le-champ, à la première lecture. Le gouvernement, dans le premier moment d’émotion, était certain d’avance de rallier tous les partis. Il faut bien cependant en convenir : les mesures nouvelles peuvent être une nécessité, elles ne sont pas une solution, et ce n’est pas avec l’état de siège, avec les actes de justice sommaire, avec le droit d’interdire les réunions publiques ou de suspendre les journaux qu’on résoudra cette malheureuse question irlandaise. Elle reste entière, cette terrible question ; elle se reproduira sans cesse, et il n’est point impossible que le cabinet actuel, par les tergiversations dont il a offert le spectacle, par ses oscillations entre les concessions démesurées et les procédés de la force, n’ait perdu un peu de son ascendant pour dominer les difficultés. Aujourd’hui M. Gladstone a encore tout pouvoir ; demain naîtront peut-être pour lui les embarras suscités par des adversaires qui lui demanderont compte de ce qu’il aura fait, et de ce qu’il n’aura pas fait.

Les pays les plus paisibles de l’Europe, qui ont la bonne fortune de n’être point exposés à des tragédies comme celle qui émeut en ce moment l’Angleterre, ne laissent pas d’avoir eux-mêmes parfois leurs affaires quelque peu troublées ou embarrassées. Ils n’ont pas les sombres et poignantes diversions des états où se livrent de grands combats ; ils ont dans une mesure plus modeste leurs incidens parlementaires, leurs difficultés de gouvernement, leurs problèmes économiques, leurs crises ministérielles. La tranquille et sage Hollande en est là ; elle vient de voir sombrer un cabinet dans une discussion des chambres, et, par une curieuse particularité, la crise néerlandaise s’est produite