Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/491

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mêmes périlleuses entreprises et même heureux dénoûment. Dès que la jeunesse l’a touché, le voyez-vous partir de son pas le plus léger pour la conquête de la gloire ? Le voyez-vous, brusquement arrêté au premier détour de chemin, perdant dix fois sa route, s’engageant pour la retrouver dans les sentiers les plus difficiles, se donnant les amitiés les plus compromettantes et s’approchant plus que ne le permettent le bon sens et la sagesse de nombre de choses interdites et clandestines ? Dans la vie de Nodier comme dans celle de Wilhelm les déceptions sont fréquentes, jamais de longue durée, les épreuves. cuisantes ou même douloureuses, jamais mortelles à l’âme, les fautes nombreuses, mais toujours vénielles et rachetables. En vérité, il ne manque rien à cette ressemblance, pas même le sagace et pratique Werner qui porte ici le nom du studieux et dévoué Charles Weiss. C’était l’opinion des contemporains de Nodier que les passionnées Marianne et les coquettes Philine, les romanesques Aurélie et les rêveuses Mignon, voire les Thérèse et les Nathalie, n’avaient pas manqué non plus dans sa vie, et il faut dire que l’auteur des Souvenirs de jeunesse, de Thérèse Aubert, de la Neuvaine de la Chandeleur n’a rien négligé pour nous le faire croire. Les protecteurs providentiels qui arrivent toujours à point pour sauver Wilhelm de l’erreur et du péril ne sont pas absens davantage de la vie de Nodier ; voyez-les échelonnés tout le long de sa route, du commencement à la fin de sa carrière, le noble M. de Chantrans, l’initiateur aux sciences de la nature et aux sentimens du royalisme, le bon maniaque sir Herbert Croft, le comte de Caylus, le bienveillant M. Jacques Laffitte, d’autres encore, moins aimables que ceux-là, mais qui, à défaut de sympathie, étendront sur lui l’indulgence du pouvoir, le préfet Jean de Bry, Fouché, le général Bertrand. Comme pour Wilhelm, la vie de Nodier peut se partager en deux périodes bien tranchées, les années d’apprentissage et les années de voyage. Les années d’apprentissage commencent vers 1798 environ et se terminent en 1815 avec la seconde restauration. A cette époque, les temps d’épreuve sont passés ; le talent, lentement mûri par tant d’expériences, a pris sa forme et conquis son originalité, et alors commencent ce qu’on peut appeler les années de voyage, que vient clore la révolution de 1830. Enfin, à cette date, la vie de Nodier reçoit son couronnement. Après bien des déboires, bien des périls évités, bien des obstacles surmontés, Nodier comme Wilhelm arrive au bonheur par la force même des choses et aussi un peu par la lassitude morale inséparable de si longues épreuves. Ce vagabond volontaire vieillit doucement au sein d’un studieux repos dans son oasis de l’Arsenal, entouré d’un cercle d’amis illustres attentifs à sa parole, aimé, choyé, admiré. C’est le dénoûment de Wilhelm Meister, avec cette différence tout à l’avantage de notre charmant compatriote