Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/511

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


il y a) me présentait plusieurs avantages. D’abord elle ne me forçait pas à changer mon domicile contre un autre ; secondement, elle s’arrangeait très bien avec mon goût pour la promenade et les courses entomologiques… Il y avait encore une raison plus forte pour que je comptasse sur la réussite de mes sollicitations, c’est que cette place ne rapporte que 90 francs de fixe tous les ans et à peu près autant de casuel, ce qui la rendait peu digne de velléité. C’était celle de piéton du pauvre canton que j’habite. On l’a donnée à un laquais retiré, enrichi par le recèlement et par l’usure, et qui n’a d’autre avantage sur moi que d’avoir figuré à la table du préfet derrière le fauteuil d’une catin. » Hélas ! cette place vous convenait encore moins que toute autre, aimable fantaisiste ; vous auriez passé votre temps à poursuivre les insectes dans les haies, et la remise des correspondances eût été toujours en retard.

Il fallait cependant aviser. Les moyens pratiques lui manquant, son imagination se mit en campagne et en rapporta un plan tout fantastique. Plus jeune, il avait rêvé un moment d’aller chercher en Orient une vie plus conforme à ses goûts de liberté, maintenant il rêvait d’aller à la Louisiane chercher la fortune qui lui manquait en Europe. Ce plan mérite d’être cité, car il a d’illustres antécédens littéraires ; rappelez-vous Perrette et le pot au lait, messire Jean Chouard et le mort, Pyrrhus et Cinéas, Picrochole et son conseiller.

Il y a deux mois que mes mesures sont prises et mes moyens préparés. Si ma maison n’est pas vendue au mois de septembre, j’en ferai cession à ma sœur, sous la seule condition de payer mes dettes. Je passe le printemps à Dole et à Lons-le-Saulnier, poursuivant mon cours de belles-lettres et enseignant la botanique et l’entomologie pour m’y fortifier. L’Institut m’accorde un sauf-conduit de naturaliste, et quelques amis que je m’y suis faits (Arnault entre autres), se chargent de me procurer une gratification. Sur la fin de juin ou au commencement de juillet, je passe huit jours à Paris pour y vendre mes manuscrits et mes livres. De là je vais attendre l’embarquement dans la maison de Leuzot. Celui-ci, qui a poussé au plus haut période ses recherchée entomologiques et qui se propose de publier dans quelques années un species plus complet qu’aucun de ceux qui existent, me soutient de quelques fonds dont je m’acquitterai en recherches et en découvertes. Une grande maison de commerce m’offre un petit emploi à la Nouvelle-Orléans. Je ne m’y livrerai qu’autant que les différentes sommes dont je viens de te parler, jointes à la valeur du troussel de ma femme qui nous sera payé aussitôt après la vente de la maison de mon beau-père, ne suffiraient pas à m’assurer dans ce pays une existence libre. En un mot, à pareil jour qu’aujourd’hui, j’espère écrire ton nom sur les sables