Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/519

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les surmonter, il avait besoin du concours de tous les libéraux, et O’Connell était un des grands orateurs du parti libéral. Pour faire des élections générales, dans l’éventualité plus que probable d’une dissolution, il avait besoin de l’appui des catholiques d’Irlande, et O’Connell, en levant le bout du doigt, pouvait lui apporter ou lui enlever toutes les voix des électeurs catholiques. Dans ces circonstances, comment reprendre le procès ? A quel moment pouvait-on inviter O’Connell à partir pour Dublin et à se mettre à la disposition de la justice ? Était-ce le 9 mars, au moment où il venait de prononcer un discours en faveur de la réforme parlementaire ? Ou bien était-ce le 15 mai, à la veille de la dissolution, quand le gouvernement allait être obligé de solliciter son alliance en vue de la grande bataille électorale ? L’accusation dirigée contre O’Connell se fondait sur une loi temporaire, qui devait expirer avec le parlement. On ajourna l’affaire jusqu’au moment de la dissolution. La loi n’existant plus, on avait un prétexte plausible pour abandonner l’accusation. La cause fut rayée du rôle.

Les élections générales de 1831 donnèrent une forte majorité au cabinet de lord Grey. Elles lui permirent de vaincre les résistances opposées à la réforme parlementaire par la chambre des lords et par le roi Guillaume IV. Après la promulgation de la loi électorale, il fallut faire de nouvelles élections : elles eurent lieu en décembre 1832. Cette fois la victoire des whigs ne fut pas seulement complète, elle fut écrasante. Le jour où s’ouvrit le premier parlement réformé, on vit la chambre des communes se diviser dans la proportion presque sans précédent de trois contre un : d’un côté, cinq cent neuf réformateurs de toutes nuances, depuis les anciens amis de Canning comme Palmerston, jusqu’aux radicaux tels que Poulet Thomson ; de l’autre, cent quarante-neuf opposans seulement, théoriquement attachés à l’ancien système électoral, mais comprenant l’absolue impossibilité de le faire revivre. Les deux partis prirent des dénominations nouvelles : les tories abandonnèrent, leur vieux nom devenu impopulaire pour prendre celui de conservateurs, tandis que les whigs, renouvelés par l’infusion d’élémens plus jeunes, se qualifiaient de libéraux. La petite phalange conservatrice se groupa sous l’habile direction de Robert Peel pour attendre l’heure où les vainqueurs se diviseraient. Elle ne devait pas l’attendre longtemps. La question irlandaise, du temps de Canning et de Castlereagh, avait été un dissolvant pour le parti conservateur ; elle allait devenir un dissolvant pour le parti libéral.

Depuis près de deux ans, les dîmes étaient fort irrégulièrement payées en Irlande. Ce malheureux pays traversait une crise provoquée principalement par l’accroissement disproportionné de la