Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/522

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par le parlement, sur la proposition de Goulburn, secrétaire en chef d’Irlande, pour autoriser la transformation des dîmes. La mesure fut presque sans effet ; la plupart des intéressés ne profitèrent pas du bénéfice de la loi. Il aurait fallu que la transformation de la dîme en une rente fût obligatoire au lieu d’être facultative. C’est ce que l’on comprenait en 1832. Stanley présenta à la chambre des communes en juin un projet pour la transformation obligatoire des dîmes irlandaises. Malheureusement il rencontra des objections et des résistances sur plusieurs points de détail. Le ministère crut faire acte de sagesse en retirant le bill et en réservant la question pour la soumettre à la nouvelle chambre des communes qui allait être élue en vertu de l’acte de réforme. Ce retard fut très fâcheux. Quand le nouveau parlement se réunit, la situation s’était encore aggravée. La prédiction d’O’Connell se vérifiait. Le gouvernement avait été obligé d’intenter près de dix mille procès pour le paiement des dîmes arriérées, et par là il avait attiré sur sa tête une formidable impopularité.

La composition du nouveau parlement n’était pas de nature à faciliter une entente sur la question de l’église d’Irlande. Dans la chambre des communes une énorme majorité libérale ; c’était un inconvénient plutôt qu’un avantage. Les majorités trop nombreuses sont souvent indisciplinées ; elles se divisent facilement. Dans la chambre des lords au contraire ; une majorité conservatrice peu nombreuse, mais très décidée et très unie, tout au moins sur les questions religieuses. Ainsi antagonisme entre les deux chambres, manque de cohésion dans la majorité libérale de la chambre des communes, telle était la situation parlementaire au commencement de 1833. Ajoutez-y des divisions naissantes dans le ministère : d’un côté, des libéraux de la nouvelle école qui étaient d’avis de marcher hardiment dans la voie ouverte par la réforme électorale ; de l’autre, des whigs modérés, presque conservateurs, estimant qu’il était sage de ne pas aller trop vite ; entre les deux groupes le chef du cabinet, lord Grey, et le leader de la chambre des communes, l’honnête lord Althorp, s’épuisant à faire de la conciliation. Peu à peu, malgré leurs efforts, les deux fractions du cabinet suivirent leur pente naturelle. La fraction libérale se groupa autour de lord John Russell et la fraction conservatrice autour d’Edouard Stanley.

Russell et Stanley étaient deux des plus jeunes membres du ministère, mais tous deux avaient débuté avec éclat dans la vie publique. Russell avait pris une part capitale à l’agitation et aux discussions qui préparèrent la réforme électorale, et Stanley, dès son entrée dans la chambre, avait montré un de ces tempéramens oratoires qui placent tout de suite un homme politique hors de pair. Russell appartenait à une famille où les opinions libérales étaient