Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/533

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condamnation en appel fut plus décisive qu’en première instance. Les élections générales, de 1841 furent exactement la contre-partie de celles de 1831. Le réveil de l’esprit conservateur fut général. Les orateurs du parti libéral, les héritiers des grandes familles de l’aristocratie whig furent battus dans des collèges électoraux dont ils se croyaient sûrs. Lord Howick, fils aîné du grand lord Grey, échoua dans le comté de Northumberland ; O’Connell échoua dans la ville de Dublin. Les conservateurs gagnèrent deux sièges sur quatre dans la cité de Londres, un siège sur deux à Westminster. Dix ans de sagesse et de bonne politique avaient enfin leur récompense. Quand le parlement se réunit en août 1841 et que la chambre des communes se prononça définitivement sur le sort du cabinet Melbourne, le vote n’eut lieu que pour la forme : on savait d’avance que les conservateurs avaient près de cent voix de majorité. Cette fois, Robert Peel n’éprouva pas les mêmes difficultés qu’en 1835 pour former un cabinet. Les concours, au lieu de se refuser ou de se marchander, lui venaient d’eux-mêmes. Il reprit Lyndhurst comme chancelier ; il mit Aberdeen aux affaires étrangères ; il eut sir James Graham pour l’intérieur et Stanley pour les colonies. Enfin il prit comme vice-président du bureau de commerce, sans le faire entrer toutefois dans le cabinet, un jeune homme dont il attendait beaucoup i William Ewart Gladstone. Il eut plus tard à regretter de n’avoir pas fait aussi une place dans l’administration à un autre débutant d’avenir : Benjamin Disraeli.

Le parti conservateur, en arrivant aux affaires, avait à prendre des responsabilités sérieuses. Le règne de Victoria, ce règne destiné à être si prospère et si glorieux, avait débuté au milieu d’agitations inquiétantes. La réforme électorale de 1832 n’avait satisfait que très incomplètement les aspirations démocratiques de la population des grandes villes. Par cette réforme, les classes moyennes avaient été associées à l’exercice du pouvoir ; les classes inférieures continuaient à en être exclues. De là, parmi ces dernières un désappointement qui ne tarda pas à être exploité. Des membres du parlement ou des orateurs de réunions publiques, comme Feargus O’Connor, Atwood, Scholefield, enrégimentèrent les ouvriers en leur donnant l’espoir, que du reste ils partageaient eux-mêmes, d’arracher au gouvernement une nouvelle réforme électorale, plus large et plus démocratique.

On créa une agitation, on organisa des meetings. Le 6 août 1838, peu de mois après l’avènement de la jeune reine, une grande réunion eut lieu dans la ville manufacturière de Birmingham. On y vota par acclamation une réforme électorale qui aurait reposé sur les bases suivantes : suffrage universel ; scrutin secret ; abolition du cens d’éligibilité ; renouvellement annuel du parlement