Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/574

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Blanchon, qui a la touche vive et spirituelle, eût fait avec cette amusante scène prise sur le vif !

M. Gervex compte parmi les peintres officiels des mairies. Cependant son Mariage civil de l’an dernier donnait une idée un peu légère de la solennité de cette cérémonie. — Quand il n’y avait à Paris que douze arrondissemens, on aurait pu dire que c’était un mariage à la mairie du XIIIe arrondissement. — Le jeune peintre nous montre aujourd’hui les bassins de la Villette, où sont amarrés des barques et des chalands. Un fouillis de bâtimens, de cheminées d’usines, de grues et de poulies se découpent en silhouettes sur un fond de soleil couchant, dont les lueurs roses empourprent de leurs reflets les personnages et le terrain du quai, tout saupoudré de poussière de charbon. Les premiers plans sont occupés par des débardeurs, nus jusqu’à la ceinture, qui déchargent le « newcastle » et le « charleroi. » Ces hommes ne paraissent pas mettre beaucoup d’ardeur au travail ; on le leur pardonnera pour le beau caractère de leur attitude. A droite, un douanier lourdement ébauché paraît s’appuyer contre la bordure du cadre. En vérité, il a bien raison, car, sans cet appui inespéré, il tomberait inévitablement à la renverse. Les torses nus sont étudiés avec science et peints avec une fermeté dont M. Gervex semblait avoir perdu le secret. Les fonds, pleins d’air et de lumière, s’éloignent dans toute l’illusion de la perspective.

M. Moreau, de Tours, a représenté ou plutôt symbolisé la Famille. C’est la famille dans son caractère général et impersonnel, sans autre indication d’époque ni de nationalité. Le père, un homme de trente ans, demi-nu, ramène des champs une voiture de foin attelée de grands bœufs. Déjà il tient l’aîné de ses enfans dans ses bras, tandis que le cadet se presse contre ses jambes. A droite, devant une hutte, la jeune mère berce son nouveau-né, auquel sourit un quatrième enfant, et, derrière elle, les grands parens regardent cette scène, heureux d’être bénis dans leur postérité. C’est un tableau remarquable dont on aime la composition simple, la vigoureuse couleur, le sentiment élevé, et qui fait grand honneur à celui qui l’a signé.

Nous n’en avons pas fini avec la peinture municipale. Voici la belle frise décorative de M. Jules Didier. M. J. Didier n’a pas craint de placer tous ses personnages en silhouettes sur une teinte plate bleu pâle. Comment, avec ce procédé, éviter la dureté des contours et l’aspect découpé des figures ? Les peintres antiques ont quelquefois employé cette méthode. Mais, dans les fresques de Pompéi, les figures s’enlèvent en clair sur un ton foncé, ce qui leur donne de la légèreté, au lieu que les personnages de cette frise se découpent en valeur sur un fond atone. Cette réserve faite, il faut reconnaître le