Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/595

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il reste en France, de 1826 à 1876, sept départemens qui ont eu plus de décès que de naissances. Ces sept départemens peuvent se diviser en trois groupes, d’après leur situation géographique. Il y a le groupe normand, puis le groupe languedocien, puis enfin un groupe formé par un seul département, celui du Var.

Examinons d’abord le groupe normand. Aussi bien c’est celui dans lequel l’excédent des décès sur les naissances est le plus considérable. Des cinq départemens de la Normandie, l’un est surtout industriel et commercial, c’est la Seine-Inférieure, avec ses deux grandes villes, Rouen et le Havre. La population de celui-là a augmenté dans d’assez notables proportions. Mais les quatre autres départemens de la Normandie, plus exclusivement agricoles, se dépeuplent rapidement. Leur population, qui était de 1,968,206 en 1826, n’était plus, en 1881, que de 1,698,737, ce qui est une perte de 269,469 eu cinquante-cinq ans ; perte considérable, due sans doute à l’émigration vers la capitale de la France et un peu vers Rouen et le Havre, mais due surtout à la très faible proportion des naissances, qui depuis cinquante ans sont toujours inférieures en nombre aux décès.

Cet état va s’aggravant chaque jour. Ainsi, en 1878 comme en 1879, comme en 1880, l’excédent des décès sur les naissances a été très considérable dans l’Eure, l’Orne, le Calvados et même la Manche.

Malheureusement, autour de ce noyau géographique constitué par les quatre départemens normands, viennent aujourd’hui se grouper d’autres départemens limitrophes qui semblent peu à peu envahis par le même mal. Ainsi, en 1878, il y a eu un notable excédent des décès dans les départemens voisins de la Normandie, la Sarthe, l’Eure-et-Loir, le Maine-et-Loire.

Oui, dans cette belle région du nord-ouest de la France, si riche, si prospère, si admirablement disposée au développement agricole, la population décroît, et chaque année nous révèle ce fait douloureux d’une diminution plus grande de la natalité. Sur ces terres fécondes, par un étrange contraste, sévit la stérilité, naturelle ou voulue, des habitans [1].

En examinant une carte de France, on voit qu’il est trois autres départemens où la natalité est faible et inférieure à la mortalité, qui constituent un autre noyau d’infécondité. Le Lot-et-Garonne, le Gers et le Tarn-et-Garonne forment un groupe naturel qu’on peut

  1. Je renvoie les lecteurs qui seraient désireux d’approfondir les causes de cet étal misérable des populations normandes au beau livre de M. Baudrillart, qui a étudié avec soin toutes ces questions : la Normandie ; passé et présent. Paris, 1880 ; Hachette.