Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/602

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l’alcoolisme est bien plus développé que chez nous, et cependant ces peuples sont très prolifiques. Dans les départemens du Midi les moins féconds, comme le Lot-et-Garonne et le Var, il y a peu d’alcooliques. En revanche, l’alcoolisme est très fréquent en Bretagne, en Normandie, en Flandre, c’est-à-dire dans les provinces où nous avons constaté le minimum et le maximum de la natalité.

Non, il ne faut pas se faire illusion, ni chercher à se tromper soi-même. Ce que tout le monde pense tout bas, il faut oser le dire tout haut. Si la fécondité des mariages a tant diminué, ce n’est pas une stérilité naturelle qui en est la cause, c’est une stérilité voulue. Les époux prévoyans limitent le nombre de leurs en fans. Ils ne veulent pas s’exposer aux difficultés, aux soucis, aux dépenses qui résultent d’une nombreuse famille. Bourgeois, paysans, ouvriers de la ville ou de la campagne, tous les Français, plus ou moins, sont résolus à cette coupable et absurde prévoyance. « A quoi bon, disent les pauvres, mettre au jour huit enfans qui seront tous les huit misérables ? A la rigueur, il nous serait possible d’élever deux ou trois enfans, mais notre pauvreté nous interdit le droit et le moyen d’avoir une famille plus nombreuse. » Quant aux riches, moins excusables encore, ils tiennent un langage analogue, estimant que le degré de richesse dont ils sont pourvus est indispensable à leurs enfans, et que ceux-ci seraient trop malheureux s’il fallait diviser en cinq ou six parts l’héritage paternel. Tout compte fait, riches ou pauvres, ils veulent avoir peu d’enfans, et ils ont peu d’enfans. Ce n’est ni le hasard, ni l’impuissance, ni l’infécondité de la race qu’il faut mettre en cause. Le petit nombre des naissances est le résultat d’une volonté bien arrêtée. C’est par calcul que les parens français procréent si peu d’enfans.

Il nous paraît évident qu’on ne peut attribuer d’autre cause à la diminution de la natalité française. Mais tout n’est pas dit quand on a parlé de cette stérilité intentionnelle. En effet, cette immense masse d’hommes qui constitue une nation ne se conduit pas d’après une opinion convenue à l’avance. Les mœurs, quand elles sont aussi générales, reconnaissent des causes générales, et les hommes, dans leurs actes, obéissent sans le savoir à des lois qu’ils ne connaissent pas. Ce sont ces lois mêmes qu’il nous importe de connaître. Nous sommes en présence d’un fait incontestable : la diminution de la natalité, diminution qui n’est ni accidentelle, ni nécessaire. Il est certain que l’infécondité de la France est voulue, mais il s’agit de savoir pourquoi la France veut être inféconde, et quelles conditions sociales ont déterminé cette volonté. Pourquoi actuellement, plus qu’autrefois, en France, plus que dans les autres pays, les époux limitent-ils le nombre de leurs enfans ? Pourquoi la résolution d’avoir