Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/616

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laborieuse conquête, à demi pacifique, à demi militaire, du littoral méditerranéen de l’Afrique nous a donné un immense territoire où peut se développer et grandir, comme au Canada, une nouvelle race française. Nous pouvons être assurés que, dans nos étroites limites européennes, il n’y a plus de place pour le développement de notre nationalité.

A la vérité, l’amélioration du sort des populations agricoles et le développement de la politique coloniale ne sont que deux faces d’un même problème. La fécondité du citadin, du bourgeois, de l’ouvrier des villes, est toujours faible, et les enfans qu’ils procréent meurent vite ou sont inféconds. L’homme fécond, celui qui fait souche, qui crée une race durable et donne naissance à des descendans féconds comme lui, c’est le paysan, l’ouvrier de la campagne, laboureur, vigneron, bûcheron, pêcheur. Les autres existences sont plus ou moins factices, partant condamnées à une stérilité relative. La vie de l’homme des champs est seule conforme à la loi de la nature, et la nature l’en récompense en lui donnant la fécondité. Il faut donc à tout prix soit diminuer les charges qui pèsent sur la population agricole, soit lui donner l’étendue immense d’une terre riche de promesses, comme ce littoral méditerranéen qui va de Gabès à Tanger et qui sera, nous en sommes fermement convaincus, une terre algérienne, une terre française, si nos gouvernemens favorisent ou du moins n’entravent pas le mouvement irrésistible-qui nous pousse à coloniser l’Afrique [1].

Si, en effet, nous parlons de ces réformes profondes à opérer dans les mœurs publiques ou privées de la France, c’est parce que nous sommes persuadés de l’insuffisance des lois ou des décrets à modifier des usages ou des mœurs. La population française a témoigné depuis près d’un siècle sa volonté inconsciente, mais toute-puissante, de limiter le nombre de ses enfans. Peut-on entraver cette grande force ? Nous ne voulons pas faire à la légère un aveu

  1. Nous ne parlons pas ici des colonies françaises autres que l’Algérie, quoique leur prospérité puisse être assurément développée dans des proportions considérables. Quelques-unes d’entre elles, le Sénégal et la Guyane, sont malheureusement peu clémentes à l’Européen, mais en Cochinchine, à Madagascar, en Abyssinie, à la Nouvelle-Calédonie, il y aurait de magnifiques colonisations agricoles à entreprendre. Il faudrait pour cela que nos compatriotes perdissent le goût du clocher et cette tendresse exclusive, exagérée, pour le sol natal qui fait considérer toute expatriation comme un exil. Et puis, que de réformes dans notre administration coloniale, qui, le plus souvent, est une entrave, et non un appui, pour le colon ! Que de tentatives utiles ne pourrait-on pas faire ! Pourquoi les récidivistes, au lieu de se corrompre aux frais de l’état dans les prisons de France, ne seraient-ils pas transportés à Saigon, à Nossi-Bé, à Mayotte, à Obock, ainsi que le proposait récemment un ingénieux publiciste ? Il serait bon de se rappeler que c’est par des colonies pénitentiaires qu’a été créée l’Australie, une des plus belles victoires de la civilisation sur la barbarie.