Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/621

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des enfans. C’est une compensation que la société établit entre ceux qui sont astreints à de lourds sacrifices et ceux qui n’ont aucune dépense semblable à alléguer.

L’impôt sur les célibataires, l’impôt sur les ménages sans enfans, que de railleries soulèveraient ces propositions, si un député animé par l’amour de la patrie venait les porter à la tribune ! Il y a chez tout Français un fond de vaudevilliste qui ne demande qu’une occasion de se manifester, au grand jour. Il y aura là, évidemment, de quoi se satisfaire à peu de frais. Mais, si nous laissons la raillerie de côté, quelque fine qu’on la suppose, et si nous examinons les choses sérieusement, comme il convient quand il s’agit de l’existence de la nationalité française, cet impôt serait peu onéreux et tout à fait légitime. Ceux qui se privent des devoirs sociaux doivent supporter quelques charges financières de plus. Ceux qui n’ont pas à pourvoir aux dépenses d’une nombreuse famille doivent contribuer pour une part quelconque à alléger les dépenses que subissent les pères de famille.


VI

Toutes ces idées, plutôt banales que téméraires, que nous venons de défendre ici ne sont que le développement de cette opinion : « La population française ne s’accroîtra dans des proportions suffisantes que si l’on diminue les dépenses que nécessite l’accroissement de la famille. Le paysan n’aura des enfans que s’il y trouve quelque intérêt. » Si l’on résout, ce difficile problème, on empêchera l’extension de l’infécondité.

Aussi faut-il s’adresser aux réformes administratives, politiques, financières, qui changeront les conditions de l’existence matérielle. Ces, réformes, plus faciles peut-être à exécuter qu’un examen superficiel ne le ferait croire, il faut avoir l’audace de les tenter. Elles s’adressent au côté matériel des choses, mais il est aussi des réformes morales dont l’influence serait plus grande encore.

Il faudrait que, dans toutes les classes de la société, l’individu, quel qu’il soit, bourgeois, ouvrier, paysan, se fît une idée plus haute de ses devoirs envers la patrie. Actuellement l’intérêt général est sacrifié par chacun à l’intérêt individuel. Personne ne se rend compte que l’intérêt de tous et l’intérêt de chacun sont solidaires. L’instruction, l’éducation, l’enseignement des grandes vérités morales peuvent seules transformer cette funeste tendance des individus à ne considérer que le profit individuel. Il faut que partout, dans les plus somptueuses demeures comme dans les plus pauvres chaumières, chaque Français et chaque Française soient convaincus que leurs devoirs ne sont pas épuisés quand ils ont respecté les articles