Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/661

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Pour la céramique, par exemple, on devait, dans le pays des Azulejos, nous présenter la synthèse de cette belle industrie nationale qui joue un rôle si considérable dans l’art décoratif de la Péninsule. Les Azulejos, en Espagne et en Portugal, tiennent la place de la fresque en Italie ; il y a là un art qui s’exerce à tous les degrés, contribue à la décoration du plus somptueux palais comme il orne la demeure du plus humble des paysans, et a parfois cette importance supérieure qu’il traduit la pensée nationale et trahit les préoccupations de l’esprit public au même degré que la peinture elle-même. Il peut même devenir, à un moment donné, un témoignage historique ; à la porte de Lisbonne, dans la villa des marquis de la Fronteira, une série de figures équestres plus grandes que nature, portraits historiques Avec légende, ornent les terrasses des jardins ; et les parois de la grande salle représentent, carreau par carreau, toute la série des combats livrés par les Portugais contre les Espagnols lors de la guerre de l’indépendance : on voit figurer là don Juan d’Autriche, d’Albuquerque, le comte de la Torre, de sorte qu’on peut suivre sur ces murs l’histoire presque complète de la lutte.

Les objets qui représentent l’art portugais d’outre-mer étaient épars ; ils auraient dû former une classe spéciale où on eût distingué les régions et les périodes, depuis la conquête jusqu’aux dates les plus récentes. Les armes et armures faisaient défaut, ou elles étaient représentées d’une façon insignifiante ; on m’assure que le pays ne possède plus de spécimens intéressans des belles époques ; cette lacune, dans la patrie des audacieux soldats et des marins aventureux, est une anomalie dont il faudrait rechercher la cause. Les meubles portugais sont célèbres ; on avait reculé sans doute devant l’ennui de démeubler les palais, car le nombre de beaux exemplaires était très restreint, de sorte que cette industrie, si importante pour le pays, — puisque c’est une des seules qui établissent sa supériorité de fabrication à l’étranger, — n’était pas représentée comme elle eût dû l’être.

Les bijoux portugais, surtout dans le nord de la Péninsule, sont l’orgueil des habitans de la campagne ; ceux des siècles passés sont-des chefs-d’œuvre d’industrie locale au point de vue du goût et de la monture ; il fallait aussi en établir la série et la classer. Ces rues de l’argent (rua da prata), dans la plupart des grandes villes du Portugal, où chaque maison est occupée par un bijoutier, où l’or pur scintille à chaque devanture, frappent vivement l’étranger ; et s’il voit s’avancer, la tête chargée d’un lourd fardeau, une fille de