Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/681

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La sensation fut vive des deux côtés de la Manche quand les journaux annoncèrent, qu’on avait conçu le hardi projet de relier les rivages de la France et de l’Angleterre par un tunnel sous-marin. Comme il arrive en pareil cas, il y eut des incrédules qui haussèrent les épaules ; des esprits chagrins prétendirent que ce projet n’était qu’un beau rêve, que l’entreprise avorterait misérablement, qu’elle était inexécutable ; et ils le prouvaient par raison démonstrative, par des argumens en forme d’une rigueur mathématique. N’avait-on pas prouvé déjà par des argumens aussi rigoureux, aussi concluans, qu’il était impossible de faire communiquer par un canal la Mer-Rouge et la Méditerranée, d’unir l’Atlantique au Pacifique à travers l’isthme de Panama ? Le canal de Suez est traversé sans difficulté comme sans péril par les navires qui emmènent en Angleterre le coton, la soie, les épices de l’Inde et par ceux qui transportent aux Indes les tissus de Manchester, les aciers ou la quincaillerie de Sheffield. On assure que le percement de l’isthme de Panama est en bonne voie, et on n’a pas de raisons sérieuses de croire que les inventeurs du tunnel sous-marin soient des visionnaires épris d’un chimérique espoir. Au contraire, les premiers forages et l’étude attentive du terrain ont démontré que leur projet était d’une exécution plus facile qu’on ne le pensait d’abord, qu’ils ne risquaient pas de se heurter contre d’insurmontables obstacles.

Le tunnel, s’il venait à s’exécuter, ferait beaucoup d’heureux, à commencer par les actionnaires de l’entreprise, lesquels s’attendent